19.08.2011
Qui es-tu?
Il lui a dit qu'il partait travailler.
Elle a essayé de lui téléphoner.
Rien d'important. Quelques peccadilles, le menu du dîner ou la liste des courses. Elle ne s'en souvient même plus.
Un appel qui n'avait aucune importance.
Aucune raison d'être.
Mais il n'a pas répondu.
Elle a essayé plusieurs fois.
A laissé quelques messages sur la boîte vocale.
Il n'a pas répondu.
Pourtant, il lui avait dit qu'il partait travailler.
Alors, elle a appelé sur son lieu de travail.
Il était possible qu'il ait oublié son portable à la maison. Ou qu'il ne l'entende pas sonner.
Elle a donc décidé de l'appeler là où elle savait pouvoir l'atteindre.
Malgré sa réticence à parler avec une secrétaire.
Malgré sa réticence à le déranger au milieu de ses collègues.
Elle en avait besoin. Envie d'entendre sa voix, de savoir que tout va pour le mieux.
D'être rassurée.
Alors, elle a décroché le combiné.
Puis, l'a reposé. Elle a hésité. Elle ne savait pas vraiment si elle en avait envie.
Parler avec la secrétaire. Demander son correspondant.
Des inconnus à affronter. Des gens qui pourraient la juger.
Elle avait besoin d'une bonne dose de courage.
Elle s'est rendue dans la cuisine, a composé un petit remontant qu'elle a avalé aussitôt.
Il n'empêche que ses mains se sont quand même mises à trembler pendant qu'elle composait le numéro.
Comme elle l'avait imaginé, une secrétaire a répondu à l'autre bout du fil.
Elle a demandé à lui parler.
Mais la secrétaire ne le lui a pas passé.
Elle ne l'a pas excusé.
Elle n'a même pas dit qu'il avait été absent aujourd'hui.
Tout ceci aurait été préférable.
Elle aurait été fâchée, aurait cherché à comprendre pourquoi il n'était pas allé travailler.
Mais le problème aurait été vite réglé.
Maladie, rendez-vous de dernière minute, flemme.
Peu importe.
Une excuse plausible aurait fait l'affaire.
Même une mauvaise excuse.
Même un petit mensonge sans importance.
Tandis que maintenant, assise sur le canapé, le fil du téléphone pendant entre ses doigts, elle se sent incapable de bouger.
Elle est tétanisée.
Un frisson lui parcours le corps alors que la température extérieure avoisine les trente degrés.
Elle n'a pas envie de pleurer, elle n'est pas fâchée.
Mais une peur soudaine, tétanique, pénètre dans ses veines, contamine tous ses membres.
Qui a-t-elle épousé ?
Elle voudrait fuir, se cacher, hurler.
Mais elle ne peut bouger.
Elle est transie, glacée.
Quinze ans passés à côté de lui, quinze ans de soirées partagées, de souvenirs, de rires et de joie.
Quinze ans qui ne riment à rien.
Quinze ans d'artifices.
Elle ne veut même pas chercher à comprendre.
Elle en est incapable, choquée, anéantie.
Elle a épousé une image.
Un homme fantôme, une invention.
Elle ne sait plus ce qu'elle doit faire ou dire.
Car la secrétaire n'a jamais entendu parler de son mari. Il ne travaille pas ici. Il n'a jamais travaillé dans cette entreprise.
Personne ne connaît son nom ni son identité.
Il n'a jamais mis les pieds dans les bureaux où il travaille depuis quinze ans.
Qui a-t-elle épousé ?
16:19 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mensonge, travail, couple, vie commune, traitrise, téléphone
16.08.2011
La fin d'une idole
Il ne cesse d'y penser. Les mots sont gravés dans sa mémoire.
Il se réveille en sueur au beau milieu de la nuit, une sensation de malaise au creux de l'estomac.
Il ne peut en parler à personne.
Il est seul, seul avec son terrible secret, seul avec ce poids bouleversant sur les épaules.
Il se sent souillé. Sali par le pouvoir de quelques mots qu'il n'aurait pas dû entendre, quelques mots volés par erreur, par hasard.
Sa confiance est trahie, sa foi est ébranlée. Ses repères, soudainement, se sont écroulés. Il ne sait plus à quoi et en qui il peut se fier.
Il regorge de pensées contradictoires, passant de la haine à l'incompréhension, du dégoût à l'abattement.
Ces mots ne lui étaient pas destinés.
S'il n'avait pas été là.
S'il n'avait pas eu envie de passer cet appel à cet instant.
S'il avait raccroché lorsqu'il s'est rendu compte que la ligne était occupée.
Si.
Si seulement il avait agit différemment. Rester dans l'ignorance. Douce, rassurante. Ignorance de la laideur, de la vie, de l'incommensurable normalité de tous les êtres vivants.
Mais il a décroché le téléphone. Il a attendu une seconde de trop avant de se décider à reposer le combiné. Une seconde fatale, une seconde de curiosité malsaine durant laquelle les mots ont été prononcés.
Trois petits mots.
Des mots qui le réveillent en pleine nuit, qui l'empêchent de se concentrer, qui lui donnent des sueurs froides.
Et des questions.
Des tas de questions.
Qui ? Depuis combien de temps ?
Mais surtout, pourquoi ?
Il ne comprend pas. Cette image si pure, si éthérée vient de se déchirer en une infinité de morceaux. Irréparable.
Il ne sait plus ce qu'il doit faire.
Il n'ose plus la regarder dans les yeux. Il n'a plus envie de la voir, de lui parler.
Lorsqu'elle s'adresse à lui, il fuit. Trop d'images s'imposent à son esprit. Des images affreuses, des images qui ne devraient pas s'y trouver.
Il ne peut plus la voir. Ni lui parler.
Tout ce qu'elle était, tout ce qu'elle représentait pour lui s'est évanoui au moment où les trois mots ont été prononcés.
Il craint de ne plus jamais pouvoir la regarder normalement.
Il ne sait comment agir. Il se sent perdu, égaré.
Elle était sa boussole. Son repère. Sa vie.
Aujourd'hui, il apprend que pendant des années, sa boussole était tronquée.
Il s'y est fié. A avancé en lui faisant confiance. Mais elle était fausse. Biaisée
Un guide mensonger. Un fruit pourri de l'intérieur.
Il voudrait lui parler. Lui demander des explications. Hurler. Se fâcher.
Mais il ne peut pas. Il est seul. Seul avec son secret.
Il n'était pas sensé entendre. Elle ignore qu'il a décroché le téléphone. Elle ne peut pas imaginer que son image est à jamais brisée.
Il voudrait lui dire quelque chose. Faire en sorte d'avancer. Trouver une manière. Une façon.
Sa tête est trop pleine.
Ces sentiments, ces désirs.
Du fond de son ventre, une nausée douçâtre s'envole jusqu'à ses narines.
Quelque chose vient de s'effondrer. Il n'arrive pas à en saisir la mesure.
Tout ceci est trop nouveau, trop soudain.
Il se sent trahi, abandonné.
Trahi par trois mots.
Trois petits mots.
Qui forment une phrase. Une phrase magnifique. Symbole de bonheur et d'espérance.
Une déclaration. Un engagement de l'être tout entier.
Sauf que ces mots ont été prononcés par sa mère.
Et qu'ils ne s'adressaient pas à son père.
18:21 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : trahison, amour, tromperie, parents, amant, enfant, mère, père, téléphone, réaction
10.08.2011
Déguisement
Ses escarpins lui scient les mollets. Chaque pas représente pour elle un surcroit de douleur.
Et pourtant, il faut bien qu'elle avance.
Qu'elle pousse la porte de l'immeuble, pose un pied devant l'autre, rapidement, faisant claquer ses talons sur le sol.
Qu'elle monte dans le bus, avance jusqu'à une place restée miraculeusement libre et s'asseye sans pousser un trop gros soupir de soulagement.
Qu'elle descende du véhicule, parcoure les quelques centaines de mètres qui la séparent du bâtiment dans lequel elle passera les dix prochaines heures.
Elle n'en a pas le courage.
A deux doigts de pousser la porte, de sortir de chez elle, comme chaque matin, elle laisse tomber son sac à main sur le sol et sent son corps s'écrouler, le dos contre la porte refermée.
Elle n'a plus la force.
Elle ne supporte plus de marcher chaque jour, les chevilles lacérées par ces talons gigantesques, le ventre comprimé par sa jupe ajustée.
Elle a envie de tout envoyer valser.
De ressortir un vieux jogging et des baskets. De ne plus se maquiller.
De laisser choir son coiffeur.
Elle n'en peut plus.
Elle en a assez de se travestir, de poser chaque jour des couches de crème sur son visage.
Un visage grimé, un corps déguisé.
Chaque jour, elle joue le même rôle.
Depuis maintenant dix ans.
Dix ans durant lesquels elle s'est levée chaque matin, a enfilé le même type de tenue et a parcouru le même chemin.
Dix ans durant lesquels elle a affiché le même sourire, feint la même nonchalance.
Dix ans durant lesquels, cinq jours par semaine, elle a passé l'essentiel de ses journées dans cette tour brune et opaque. Dix ans durant lesquels elle a économisé, fructifié et embelli son patrimoine.
Son compte en banque rougit de bonheur.
Pourtant, aujourd'hui, elle n'en a plus la force.
Elle a envie d'être elle-même, de se laisser vivre, de goûter le temps.
Durant dix ans, elle a tout donné. Jamais elle n'a compté les heures supplémentaires, les soirées passées à la lumière artificielle à compulser les chiffres microscopiques.
Elle pense à tous les week-ends ensoleillés que son pâle visage s'est efforcé d'oublier, plongé dans les relectures et les transcriptions.
Durant dix ans, elle a donné son âme, sa vie, ses heures.
Aujourd'hui, elle n'en a plus la force. Elle a mal aux pieds, mal au ventre, mal au cœur.
Elle sent qu'elle ne veut plus continuer, qu'elle est arrivée au bout de ses facultés.
Alors, elle referme la porte derrière elle, ôte sa jupe et ses escarpins pour enfiler une tenue confortable.
Aujourd'hui, c'est décidé.
Aujourd'hui, elle commence une nouvelle vie. Une vie qui lui permet de faire ce qu'elle veut, quand elle veut. Une vie qui est à l'écoute de ses sentiments, de ses besoins, de ses envies.
Elle en a les moyens.
Soulagée, elle va s'asseoir sur le canapé.
Elle regarde ses ongles manucurés.
Se creuse la tête un instant.
Elle ne sait pas.
Dix ans se sont écoulés, dix ans durant lesquels elle a tout donné.
Même ses envies. Même ses désirs.
17:01 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : talons, changement, travail, fatigue, vie, argent, désirs, abandon, se lever, aller travailler
08.08.2011
Le monde d'Harry Potter
Quelqu'un lui crie quelque chose dans son dos.
Elle imagine l'insulte. A l'intonation, à la manière dont sont lancés les mots, brefs, piquants, acerbes.
Elle n'écoute pas. Elle n'entend plus.
Elle se fiche des brimades, des moqueries.
Elle n'a plus peur de se lever, de se vêtir le matin et de se rendre à l'école.
Elle se moque des autres, de leur stupidité, de leur ignorance.
Plus rien ne peut l'atteindre, plus rien ne peut la faire souffrir.
Grâce à cet objet.
Cet objet qu'elle trimballe partout avec elle bien caché au fond de son sac.
Cet objet qu'elle sort en attendant le bus, sur les marches du jardin et le soir, dans sa chambre, en attendant la tombée de la nuit.
Cet objet qui lui a sauvé la vie.
Depuis qu'elle l'a reçu, comme cela, par hasard, de la part d'un ami de ses parents qui la connaît à peine, sa vie a changé.
Avant, elle avait peur.
Avant, elle tentait désespérément de plaire. Elle pensait à ses genoux cagneux, à ses tâches de rousseur disgracieuses.
A sa manière de parler. Parfois trop rapide. Les mots qui s'entrechoquent. Les erreurs de langage.
Des erreurs qui lui conféraient un air stupide. Ridicule. Alors elle se taisait. Elle préférait ne pas parler, ne pas donner son avis. Pour ne pas se ridiculiser en public.
Il valait mieux se terrer, faire semblant de ne pas exister.
Malheureusement, les autres l'avaient repérée. Ils en avaient fait leur souffre-douleur. Moqueries, insultes, rires gras. Tout était bon pour la déstabiliser. Et personne jamais, n'avait pris sa défense.
Elle était incapable de les contrer tous, à elle seule. Ils étaient si nombreux !
Mais maintenant tout a changé.
Elle a cet objet.
Il la rend forte.
Elle n'entend plus les moqueries, ne remarque plus les doigts pointés sur elle.
D'ailleurs, il lui semble même qu'ils s'en sont un peu lassés. Peut-être parce que leurs agissements ne produisent plus l'effet escompté. Ils la laissent tranquille. Seule dans son coin.
Avec son objet magique.
Son livre.
Son livre qui la propulse dans un autre monde.
Une réalité différente.
Un lieu où tout est possible. Où les moqueries n'existent pas, où les amis sont légions, où elle ne passe pas son temps à se ridiculiser. Là bas, elle a sa place, est aimée et réussit tout ce qu'elle entreprend.
Là-bas, elle est quelqu'un d'autre. Quelqu'un de bien, de fort, de puissant.
Quelqu'un que l'on aime.
Tout cela grâce à son livre. Son livre qui l'emporte ailleurs, son livre qui la sauve, qui lui fait quitter l'enfer de la réalité.
Une réalité dans laquelle elle ne veut jamais plus mettre les pieds.
A partir de ce jour, grâce à ce livre, cet objet magique d'encre et de papier, elle quitte la terre terne pour la magie de la fiction. Les livres l'accompagneront partout.
Elle va s'y plonger. Sans arrêt. Pour toujours, pour l'éternité. Une autre réalité. Sa réalité.
18:41 Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, lecture, livre, réalité, fiction, brimades, rejet, école, enfance, fuir
04.08.2011
Trahison
Téo est couché à même le sol, par terre, dans sa chambre.
Il ne regarde rien. Il ne voit rien.
Pourtant, ses paupières sont ouvertes.
Il réfléchit. Il ressasse.
Téo est terriblement malheureux. Triste. Désespéré.
Devant lui, l'avenir s'est assombri.
Avant, tout allait pour le mieux. Il y avait Luc et puis Thierry. A eux trois, ils étaient invincibles.
Téo retrouvait ses deux amis cinq jours par semaine, chaque matin. Avec eux, il affrontait la journée, les vicissitudes de l'existence, les mauvais coups.
Il riaient dans le dos des autres, se moquaient de Jérôme et de ses nouvelles lunettes, s'amusaient à lancer des boules de papier mâché à travers la salle de classe.
Pourtant, Téo, Luc et Thierry n'étaient pas considérés comme des terreurs. Elèves moyens, tout le monde les appréciait dans la mesure du raisonnable. Tant qu'ils ne dépassaient pas trop les bornes et s'abstenaient de crier trop fort, on les laissait tranquille.
Téo a rencontré Luc et Tierry pour la première fois à l'âge de 12 ans. Il était seul, il avait peur. Perdu devant un grand bâtiment qu'il ne connaissait pas, une liste comprenant les noms de divers professeurs à la main et une classe peuplée de visage inconnu.
Il savait pourtant qu'ici tout le monde était nouveau. Les autres élèves également découvraient pour la première fois l'école secondaire. Mais tous avaient déjà repéré une ou deux connaissance dans la masse bourdonnante.
Téo, lui, était complètement seul. Il ne connaissait personne. Absurdement personne.
La faute à ses parents qui avaient tenu à ce qu'il suive une scolarité privée dans un établissement religieux qui obtenait de résultats bien meilleurs que l'école publique.
Téo s'en foutait.
Il n'avait jamais rien connu d'autre que l'école Sainte Anne.
Mais à présent, face à ces milliers de visages différents, criant et riant, il se sentait désemparé. Incapable de se frayer un chemin vers les autres, de s'imposer, de chercher lui aussi sa place.
Il se savait différent. Il sentait qu'à travers ses chaussettes blanches, son pantalon au pli parfaitement repassé et sa raie sur le côté les autres élèves voyaient en lui un être anormal.
Il avait envie de pleurer, de partir en courant et de rentrer chez lui lorsque Luc et Thierry étaient arrivés.
Ils se connaissaient depuis l'âge de deux ans et avaient grandit dans le même quartier.
Pour une raison inconnue, ils ont fondu sur Téo, l'ont attrapé par le bras et lui ont demandé le nom de ses professeurs. Ils ont rapidement remarqué qu'ils avaient atterri dans la même classe. Aussitôt, Téo s'est senti mieux. Luc et Thierry sont immédiatement devenus des personnages connus, des bouées de sauvetage auxquelles s'accrocher et avec lesquelles faire face à l'adversité.
Téo n'a jamais compris ce qui avait poussé Luc et Thierry à aller vers lui ce jour-là. Il s'est toujours douté qu'eux aussi étaient terrifiés par cette nouvelle école et ses nouveautés. Mais il n'a pas cherché à creuser plus avant. A partir de ce jour, ils ont été soudés. Irrémédiablement. Malgré les dix ans durant lesquels Téo n'avait pas fait partie du trio, il est devenu un membre entier de la bande, irremplaçable et indispensable.
Luc, Thierry et Téo se déplaçaient toujours ensemble, déjeunaient ensemble, faisaient leurs devoirs ensemble et se voyaient même parfois après les cours.
Ils passaient les vacances les uns chez les autres, se racontaient des histoire à se tordre de rire, adoraient se faire peur, la nuit à la lueur d'une lampe torche.
Ils étaient les meilleurs amis du monde, unis pour la vie, pour toujours.
Pendant trois ans, tout s'était bien passé. Téo avait vécu les premières années de son adolescence dans la joie et l'insouciance. Il était heureux auprès de ses amis qui l'aidaient à supporter sa famille et l'école.
Aujourd'hui, Téo est âgé de quinze ans. Il se sent vieux. Triste.
Il est seul.
Totalement seul.
Il regarde le plafond sans le voir. Les poutres peintes en blanches. Des poutres apparentes, lui a appris un jour son père.
Il s'en contrefiche.
Il ne sait plus rien.
Il est seul.
Il ne comprend pas.
Téo, Luc et Thierry.
C'était sensé être pour la vie.
Pour l'éternité.
Ils se l'étaient promis.
Pourtant, aujourd'hui, Luc n'était pas au rendez-vous.
Thierry et lui l'ont attendu. Longtemps. Très longtemps.
Luc n'est pas venu.
Jamais il n'avait fait cela auparavant.
Téo a pensé qu'il était malade. Thierry a émis l'idée que ses parents l'avaient puni et qu'il ne pouvait pas sortir de chez lui.
Ils étaient inquiets. Très inquiets.
Et puis, au détour d'un chemin, Téo l'a aperçu.
Luc tenait Nadine par la main. Téo les a suivis.
Derrière un arbre, ils se sont embrassés.
Téo est seul, désespéré. Téo ne comprend pas.
Ils s'étaient juré d'être ensemble pour la vie, pour toujours, pour l'éternité.
23:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amitié, adolescence, trahison, amour, rencontre, école, peur, trio, force
03.08.2011
Procrastination
Il a envie de se lever. De s'activer. De ranger, de courir, de bouger.
Mais il reste assis.
Avachi.
Devant lui, la télévision est allumée.
Elle crache des images colorées.
Il a coupé le son.
De toute façon, il ne suivait pas l'intrigue. Trop complexe pour son pauvre cerveau endolori. Ou trop simple.
Il a l'impression que chaque heure qui s'écoule s'en va avec une profusion de ses neurones. Il ne s'active pas. Ne se remue pas, ne réfléchit pas. Il se contente de laisser s'écouler les secondes.
Aucune obligation. Mais des idées à la pelle.
Qu'il avait planifiées durant la semaine. Appeler des amis, sortir, faire du sport, ranger l'appartement.
Aujourd'hui, il s'est levé à midi. Quatre heures se sont écoulées depuis son réveil. Il est toujours en pyjama, ses yeux restent bouffis de sommeil. Il n'a pas de force, pas d'énergie.
Il n'est ni triste, ni heureux.
Il n'a envie de rien.
Une suée de mauvaise conscience dégouline le long de son dos. Il sait qu'il ne devrait pas rester là. Il est en train d'épuiser la denrée la plus précieuse au monde. Il gaspille le temps. Il le laisse s'écouler sans le saisir. Il n'en profite pas, se contente d'attendre.
Quelques secondes, quelques minutes et quelques heures. Des heures qui peuvent se transformer en mois. Puis en années.
Une vie passée à ne rien faire.
Rester avachi, à moitié éveillé. Sans saisir ni goûter.
Une vie à côté de possibilités gigantesques.
Des possibilités qu'il échafaude pendant son sommeil. Des rêves grandioses, incomparables.
Il se sait capable de les mener à bout. Il a toujours voulu le faire. Des petites et des grandes choses.
Mais il ne fait rien. Il reste assis devant la télévision qui lui envoie une série d'images incompréhensibles.
Il n'est pas dépressif. Pas même déprimé. Il n'a pas de mal à se rendre au travail, à exécuter ses tâches habituelles.
Mais il s'en contente. Il ne va pas au-delà. Il travaille la semaine et se repose le week-end. Un repos total, stupide, aberrant. Une véritable perte de temps.
Un temps qu'il pourrait employer à devenir quelqu'un. Pratiquer un sport, se remettre à la peinture, réparer le scooter abandonné depuis belle lurette au fond du garage. Se réaliser.
Mais il n'en éprouve pas l'envie. Pas maintenant. Pas aujourd'hui.
Il le fera plus tard. Un jour. Un autre jour.
Comme chaque week-end.
Comme chaque année.
Procrastination.
16:48 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : procrastination, procrastiner, remettre à plus tard, repos, fatigue, sommeil, télévision, s'activer, bouger, vivre
02.08.2011
Photographie
D'un geste rageur, elle jette la photographie sur le sol.
La piétine.
Le talon de sa chaussure écrase les contours de la silhouette, efface les composantes du visage. Petit à petit, le nez, les yeux, la bouche disparaissent dans un embrouillamini de coups et de déchirures.
Il n'en reste qu'un bout de papier non identifié. Un souvenir effacé, un morceau oublié. Qui finira ramassé par les éboueurs. Ou qui ira s'échouer dans un caniveau qui l'emportera loin d'ici, au fin fond d'égouts peu ragoutants.
Elle ne veut plus jamais voir cette silhouette, ce visage. Elle voudrait pouvoir l'effacer, à jamais. D'un trait de crayon, d'un coup de talon. Comme elle vient de le faire avec cette pâle copie d'encre et de papier.
Détruire l'original. Le piétiner jusqu'au trépas.
Lui faire endurer toutes les souffrances de la terre. Lui faire ressentir, de la pointe de son talon, de la force de sa jambe tous les maux qu'elle a vécus, tous les tourments qu'elle a subis.
Lui faire comprendre sa violence, l'essence détestable de son être.
Œil pour œil, dent pour dent. Qu'il souffre comme elle a souffert.
Afin qu'elle puisse l'oublier. Ne plus jamais y penser. Le laisser s'en aller vers un autre destin, sombre et silencieux. Qu'elle puisse, elle aussi, se tourner vers autre chose. Entreprendre sa reconstruction, Vivre une nouvelle vie.
Une nouvelle vie...
Impossible. C'est totalement impossible.
Son cœur est enflé. Il menace d'exploser. Haine, fureur. Elle ne pense qu'à détruire. Se venger. Détruire.
Elle ne peut envisager d'avenir. Elle a trop mal, la douleur est trop forte.
Elle ne pense qu'à tuer. Massacrer.
Elle ne veut même pas l'oublier. Elle ne veut que la vengeance, la haine. Elle ne peut s'en défaire. Il est encore cuisant, inscrit au plus profond de sa chair.
La photographie n'a pas suffit.
La violence des mots est sans effets.
Elle a besoin qu'il trépasse. Qu'il trébuche et tombe au fond d'un abîme de désespoir.
Elle ne peut supporter qu'il continue sa route, tranquillement, heureux, comme si rien ne s'était passé.
Elle doit l'arrêter, elle doit le piétiner.
La rage qui étouffe son cœur le lui intime. Elle ne peut penser à rien.
Il n'y a que son visage, son affreux visage. Elle veut l'exploser. Le briser. Le brûler.
Souffrance.
Haine.
Violence.
Mais il est hors de portée.
Elle n'ose frapper à sa porte.
Elle connaît son pouvoir. Sa force de persuasion. Elle n'en repartira que plus faible, plus lâche. Le cœur encore plus débordant de haine et de dépit.
D'un geste furieux, elle se retourne une dernière fois vers le résidu de photographie et lui envoie un bon coup de talon, vibrant et calibré. Il fera l'affaire. En attendant meilleure vengeance.
14:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : photographie, haine, vengeance, rupture, amour, séparation, violence, désir, reconstruction



