20.09.2011
Rentrée universitaire
Il marche dans la rue, mains dans les poches.
Il jette des coups de pieds au hasard.
Il erre sans but, sans envie.
Il ne sait plus.
Il n'a pas envie de rentrer chez lui.
Pour dire quoi ?
Qu'il s'est trompé. Que tout ce qu'il a accompli jusqu'à aujourd'hui s'est révélé faux, creux inconsistant.
Ce matin, lorsqu'il s'est réveillé, il n'avait pas peur. Il était sûr de lui. Il a avalé son petit déjeuner en quatrième vitesse et est sortit dans le froid mordant. Cela lui a plu. Un petit vent d'automne, un goût de rentrée.
Sa rentrée à lui. Celle que tout le monde avait oubliée.
Son frère et sa sœur ont déjà recommencé depuis plusieurs semaines.
Une rentrée qu'il attendait impatiemment.
Non pas à cause des cours, il s'en serait bien passé, mais parce qu'il en avait marre.
Marre de passer ses journées l'œil scotché sur facebook à espérer la venue d'un ami. A poster des commentaires sans queue ni tête. A s'ennuyer en regardant des séries télévisées sur l'écran minuscule jusqu'à s'éreinter les yeux.
Marre de se lever à midi un arrière goût de nausée au fond de la gorge, d'essuyer le regard réprobateur de sa mère et narquois de ses frère et sœur.
Il était heureux de recommencer.
Reprendre un rythme. Prouver de quoi il est capable.
Et surtout, rentrer à la maison, ce soir, avec ses résultats.
Des résultats attendus longtemps.
Qui ne tombent qu'aujourd'hui, alors que les cours recommencent, alors que des tas d'étudiants sont angoissés car ils ne savent pas s'ils peuvent continuer à suivre les enseignements de leur volée ou s'ils doivent redoubler.
Il n'avait pas peur. Il avait suffisamment révisé. Un seul examen à refaire. Pas difficile. Il avait beaucoup travaillé. Suffisamment en tout cas pour obtenir la moyenne.
Il s'imaginait déjà sur les bancs des amphithéâtres, priant pour être sélectionné dans le groupe de travail de la brune ténébreuse qu'il pourrait ensuite inviter à boire un café et plus si affinités.
Il se réjouissait des déjeuners de travail entrecoupés de gloussements et de moqueries, d'anecdotes sur les enseignants et de ragots de couloirs.
Il s'imaginait les soirées étudiantes, les bières à prix cassés, les rires à gorge déployée.
Il avait besoin de retrouver ses amis, Yann qui vit à l'autre bout du pays et qui fait chaque jour plusieurs heures de train, Bertrand qui arrive toujours en retard, Hélène la préférée de tous et tant d'autres encore.
Tous ensemble, ils se sont rués sur leurs ordinateurs.
Mais les résultats n'étaient pas encore publiés.
Hélène est allée se renseigner au secrétariat. Encore une heure d'attente. Ils avaient du retard.
Il n'avait pas peur. Simple curiosité. Résultat médiocre mais passable ou excellent ? Peu importe de toute façon. L'année recommencerait. Quelle que soit la note.
Enfin, Yann a crié.
Les résultats étaient en ligne.
Chacun a allumé sa machine, entré son nom d'utilisateur et son mot de passe.
Il a cliqué sur « résultat de la session d'automne ».
Lentement, la page s'est affichée.
Il n'a pas compris.
Il ne comprend toujours pas.
Il était sûr d'avoir réussi. Il ne doutait pas. Il avait révisé.
Mais il a échoué.
Echec définitif.
Un échec qui l'exclut à jamais de l'université, de ses amis, de sa vie.
Les autres l'ont assuré de leur soutien. Hélène l'a même pris dans ses bras.
Mais il sait que tout cela n'est qu'hypocrisie. Pour eux, il est un perdant. Un mauvais. Un nul. Un raté.
Il a échoué.
Il est exclut.
Il ne peut plus remettre les pieds à l'université.
Ce soir, il ne veut pas rentrer chez lui.
Il ne sait plus.
Il n'a plus d'envie. Plus de projet. Plus d'avenir.
Lentement, il s'avance sur le quai.
Au loin, il voit le train se profiler.
Il n'a plus de vie. Plus de projet. Plus d'avenir.
20:51 Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rentrée universitaire, jeune, résultat, redoubler, avenir, exclusion, suicide, désespoir, amitié, étudiant




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Commentaires
"Marre de passer ses journées l'œil scotché sur facebook à espérer la venue d'un ami. A poster des commentaires sans queue ni tête. A s'ennuyer en regardant des séries télévisées sur l'écran minuscule jusqu'à s'éreinter les yeux"...Une jolie pteite nouvelle qui n'éreinte pas du tout les yeux.
Ecrit par : cadoux | 21.09.2011
Hélas,combien ont vécu ce genre de situations avec Caramail déjà ,beaucoup d'amis virtuels et ceux du dehors ayant continué de vivre leur vie réelle,laissant les utopistes de l'amitié seuls sur un port ou un quai de gare qui ensuite doivent partir à la recherche d'un passé disparu parfois en en quelques mois seulement ,c'est tout l'avantage de ces réseaux dits sociaux,faire rêver le temps de se faire vampiriser,ou se faire voler son temps et sa personnalité et laisser la victime dans le brouillard des désillusions.Ou le jeu du fameux sens unique qui se pratique aussi grâce au natel,ayant conduit de nombreux désespérés au suicide ou en hôpital psychiatrique!
Ecrit par : lovsmeralda | 21.09.2011
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