26.09.2011

positif

 

Elle ne sait pas très bien à quel moment elle a quitté son bureau.

Elle sait qu'elle a marché.

Quelques minutes. Peut-être une heure ou deux.

Elle est incapable de se souvenir du chemin qu'elle a emprunté.

Elle regarde le bâtiment devant elle.

Beaucoup trop loin. Elle est beaucoup trop loin de son lieu de travail. Elle ne sait pas ce qu'elle fait là. Ses pieds l'y ont guidée, sans but, sans raison.

Elle doit retourner travailler. Avant que quelqu'un ne s'aperçoive de son absence. Avant que l'on ne se mette à poser des questions.

Mais elle n'en a pas la force.

Elle regarde les véhicules, les arbres, les pavés. La ville, autour d'elle. Rien n'a changé. Tout est semblable, habituel.

Et pourtant.

Elle voudrait que les immeubles s'effondrent, que la pluie se mettent à tomber, qu'une nuée de chauves-souris s'abatte sur la tête des passants.

Cet excès de normalité, d'immobilisme lui fait horreur.

Elle a besoin que les événements se manifestent, qu'à l'instar d'une scène triste dans un navet hollywoodien, la pluie se déverse en même temps que ses larmes, que la tempête se déchaîne avec les idées indomptables qui lui martèlent le cerveau.

Mais rien, absolument rien.

Elle jette des regards désespérés aux passants. Ils avancent, sans se détourner, sans s'arrêter.

Elle voudrait que quelqu'un s'arrête, lui parle, lui vienne en aide.

Les gens ne la remarquent pas. Ils avancent, perdus dans leurs pensées, leurs préoccupations. Pour eux, elle n'est rien, absolument rien.

Elle a envie de les secouer. De leur crier la violence qui boue jusqu'à la pointe de ses ongles. De leur expliquer la situation.

Mais elle se contient.

Sa timidité reprend le dessus, son sens des convenances également.

Elle reste seule.

Seule au milieu de la ville.

Seule sur son trottoir au milieu des passants pressés qui l'ignorent.

Elle est invisible.

Et pourtant tout, en elle, hurle sa douleur.

Elle est sous le choc.

Elle ne comprend pas.

Comment. Pourquoi.

Elle pense à sa vie. Ses amis. Son travail.

Ses activités, ses habitudes.

Tout va disparaître.

Emporté par un immense tourbillon, une tempête qui balayera tout sur son passage.

Elle va devoir revoir les fondements même de son existence. Changer ses habitudes, ses manies. Trouver d'autres occupations, vivre différemment.

En a-t-elle envie ?

Elle ne s'en pose pas la question.

Elle est incapable d'y répondre.

Elle est trop choquée, trop étourdie pour pouvoir y penser.

Elle ne s'y attendait pas.

Pas maintenant. Pas si tôt.

Elle ne ressent rien. Tout lui paraît normal. Son ventre, ses pieds, ses mains, son corps entier n'a pas changé.

Elle reste la même personne. Exactement pareille.

Et pourtant.

Elle sait que d'ici quelques temps, tout sera terminé.

Une existence totalement différente. Elle va devoir s'adapter, trouver d'autres moyens.

Elle s'en sent incapable.

Elle ne sait pas quoi faire.

Elle ne réalise pas l'énormité de la vérité.

Tout cela lui paraît aberrant. Absurde.

Elle est si jeune. A peine trente ans.

Elle sait pourtant qu'elle ne peut refuser. Si elle s'y oppose maintenant, elle s'y oppose pour la vie.

C'est maintenant ou jamais.

Accepter et changer. Ou refuser et mourir à petit feu.

Elle a si peur.

Malgré son entourage, elle se sent si seule.

Elle tourne la tête vers le ciel. Bleu, limpide. Aucun nuage. Elle cherche un signe. Désespérément.

Le ciel reste bleu, pur, illisible.

Elle a déjà pris sa décision.

Elle la connaît depuis toujours.

Mais elle a peur. Tellement peur.

Comment est-ce possible ? Pourquoi si tôt ?

Pourtant, le teste était formel.

Impossible de s'y tromper.

Ses mains tremblent encore à l'évocation de ce souvenir.

Elle ne s'en sent pas capable. Pas elle. Les autres, oui. Mais pas elle. Elle n'est pas faite pour cela. Elle a beaucoup trop peur.  Elle n'en est pas capable. C'est trop difficile.

Et pourtant, comme les autres avant elle, elle réussira.

Elle n'a pas le choix.

Malgré ses doutes, malgré ses incertitudes, le test est positif.

Une nouvelle vie bat en elle.

 

 

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://nouvelles.blog.tdg.ch/trackback/208918

Commentaires

Wahou ... comment dire ... Superbe texte qui prend aux tripes avec ce qu'il faut de suspens pour nous amener petit à petit au bord du précipice. Et on tombe, on tombe. De haut !
C'est donc comme cela que la génération en âge de procréer (30 ans si jeune pour un 1er enfant??) ressent cette vie qui est en elle? Ça fait peur ...

Cordialement

Ecrit par : Loredana | 27.09.2011

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.