17.01.2012
Le dossier 553
Florence n'arrive plus à respirer.
Ses poumons sont bloqués, sa tête menace d'exploser, des fourmis montent le long de ses bras.
Elle n'a plus la force de se lever, encore moins de marcher jusqu'à la fenêtre.
Sa tête tourne, elle sent sa respiration se raccourcir de plus en plus.
Florence sent les fourmis dans son bras gauche. Une crise cardiaque ?
A son âge ? Impossible.
Elle doit respirer.
Se concentrer, se calmer.
Mais autour d'elle, la pièce s'est mise à tourner.
Elle ne parvient pas à retrouver son calme.
Florence sait qu'il ne s'agit que d'une crise passagère.
De l'angoisse accumulée. Un stress intense.
Mais elle n'arrive pas à respirer. Elle a beau se concentrer, répéter les exercices maintes fois révisés, elle n'y arrive pas.
Elle est incapable de décroiser les jambes, de laisser retomber les bras le long de son corps.
Si elle les détache de sa poitrine, la douleur s'intensifie. Une pierre, un poids lourd, mort, qui l'asphyxie.
Elle a besoin d'oxygène.
Florence se met à penser à la poste, au loyer, aux factures.
Et sa respiration s'accélère.
Encore et encore.
Elle a mal, elle n'arrive pas à se débarrasser de cette sensation de pesanteur sur la poitrine.
Son esprit est accaparé par les tâches irréconciliables, les deux rendez-vous à la même heure, le même jour, les travaux à terminer, les gens qu'elle doit appeler.
Toutes ces tâches l'oppressent. Elle est incapable de les accomplir, elle est dépassée, elle n'arrive plus à respirer.
Noyée sous les responsabilités, le stress, la montagne de devoirs inachevés qui grandit jour après jour et qu'elle se sait incapable d'escalader.
Le dîner chez les voisins, le désordre dans l'appartement, le dossier 553 à rendre demain alors qu'elle n'en a pas même pris connaissance.
Elle n'y arrivera pas.
Sa respiration est un sifflement.
Aigu.
Rauque.
Elle va mourir, elle le sent.
Florence a besoin d'air. Immédiatement. Tout de suite.
Elle ne peut pas bouger.
Coincée sur sa chaise, tétanisée par la pression contre sa poitrine.
Le téléphone sonne.
Florence décroche. Une amie.
Florence parle quelques minutes. Tente de répondre à son interlocutrice. La conversation s'éternise.
Florence sourit. Eclate de rire. Des blagues, des promesses.
Elle raccroche.
Et remarque que sa main a quitté sa poitrine. Le poids s'est envolé.
Les tâches à accomplir ne se sont pas réduites. Le dossier 553 reste à faire.
Mais Florence y arrivera.
19:47 Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise d'angoisse, respirer, air, tâches, à faire, devoirs, travail, stress, burn out




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Commentaires
J'ai ressenti l'opression, la panique puis le soulagement a travers vos mots si bien choisis, merci c'est toujours un bonheur de se laisse emporter par la lecture
Ecrit par : poupinette | 28.01.2012
C'est assez troublant comme texte, tout en sensation
Ecrit par : deguisement carnaval | 18.02.2012
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