15.04.2011

le regard des autres

Elle a la sensation d’être traquée. Tout le monde l’observe. Dans le bus, dans la rue, les regards se tournent sur son passage. Même la vieille dame, à demi penchée sur son caddie lui a jeté un regard mauvais.

Serait-ce son accoutrement ? Elle n’a pas eu l’impression, tout à l’heure, en quittant l’appartement, d’avoir revêtu des étoffes trop voyants ou trop extravagants. Mais…elle ne sait pas…elle n’en est jamais sûre.

Elle voudrait pouvoir se fondre dans la masse. Se faire oublier. Que les regards glissent sur son visage sans s’y arrêter.

Elle ne supporte pas qu’on l’observe, qu’on la scrute. Elle se sent espionnée, coupable.

Elle aimerait passer au travers de la foule, vêtue de noir ou de gris, un sac à la main, filer entre les gens sans s’arrêter, passer au travers d’eux comme si elle était transparente.

Elle aime les grandes villes pour leur anonymat. Personne ne vous connaît, personne ne vous juge. Vous pouvez être moche, difforme, sortir de l’ordinaire, on ne vous jettera pas un regard.

Ici, c’est différent. Cette ville est trop petite. Elle y étouffe. Elle n’y connaît pas beaucoup de monde mais elle a l’impression que tout le monde sait qui elle est.

On la regarde, on la juge.

Elle ne comprend pas pourquoi.

Elle tente désespérément de suivre les courants de la mode, de cloner ces milliers de femmes qu’elle ne regarde pas. Pourtant, elle n’y arrive pas. Sur elle, les vêtements sont trop larges ou trop serrés, ridiculement déplacés ou mal coupés.

Elle ressemble à un épouvantail. La mode ne l’accepte pas, elle ne parvient pas à comprendre ce qu’elle doit porter pour ne pas paraître ridicule ou déplacée. Elle voudrait tant cesser d’attirer les regards.

Comment se fait-il que ces femmes, devant elle, endossent cet ensemble fièrement, sans plis et sans ratés ?

Elle ne sait que faire de ses mains. Elle tente sans succès de se raccrocher à la lanière de son sac à main. Mais elle remarque que d’autres le portent sous le bras. Alors elle essaye d’agir de même. A nouveau, elle se trouve confrontée à ce terrible ennui des mains. Elle n’ose pas les mettre dans ses poches, sait qu’elle ne doit pas les croiser devant sa poitrine. Alors elle les tord, nerveusement.

A nouveau une vieille femme lui jette un coup d’œil intrigué.

Elle rêve de se faire oublier.

Elle n’est pourtant pas grande. Juste dans la moyenne. Elle pourrait même porter des talons. La plupart des femmes en ont. Mais elle n’ose pas. Quand elle marche avec des talons, elle se sent trop grande. Elle dépasse les autres, elle est regardée, encore plus que si elle n’en porte pas. C’est certainement dû à ses longues jambes qui, juchées sur ces hauts escarpins, semblent n’en plus finir.

Elle se sent flouée par la nature. Son nez est trop long, ses cheveux trop raides, ses jambes trop longues. Sa visage ne passe pas inaperçu. Il est trop clair, trop atypique. Elle ne possède pas les grands yeux que l’on voit dans les publicités. Elle n’ose pas se maquiller de manière outrancière pour les agrandir. Elle l’a fait une fois, les gens se retournaient constamment sur son passage.

Elle voudrait être comme les autres.

Elle en veut désespérément à la nature qui l’a dotée d’attributs si atypiques.

Impossible d’échapper au jugement, impossible de se cacher.

Elle est coupable, d’exister, constamment.

Elle ne supporte pas ce qu’elle nomme sa laideur, ses difformités. Elle voudrait tellement se faire oublier.

De plus en plus souvent, elle reste enfermée, dans son appartement. Si elle ne met pas le nez dehors, personne ne pourra la juger.

Désormais, elle va faire ses courses cachée sous un jogging et un long manteau. Elle aime l’hiver, qui cache les formes, les contours. Elle peut même porter un bonnet qui descend jusqu’aux yeux.

Les gens la regardent moins. Mais elle sent qu’avec l’arrivée du printemps elle ne pourra pas s’en sortir.

Il lui faudra laisser de côté ces couches de tissu superflues sous peine d’attirer à nouveau des soupçons d’anormalité. Elle ne sait pas quoi faire. Elle redoute désespérément l’été, ses plages, le jugement mortel présent au fond de toutes les pupilles.

Elle voudrait mourir, disparaître, ne plus exister. Elle n’en a pas le courage.

Elle continue à avancer. Elle ressemble à un zombie. Elle a peur, elle se cache.

Elle traverse les années dans la peur et l’angoisse, désespérée par son corps, sa laideur, ses difformités.

Puis, un jour, lors d’un voyage à l’étranger, elle rencontre des amis bien intentionnés. Ils la complimentent sur sa beauté.

Elle ne comprend pas. Elle se fâche, devinant l’ironie de leurs propos.

Ils lui font comprendre qu’il n’en est rien. Qu’elle n’est certes pas à l’image des publicités du moment mais qu’au contraire, elle possède une beauté éternelle, inaccessible, traversant les âges et les époques sans jamais se démoder.

Elle ne comprend pas. Elle croit qu’ils se moquent de ses peurs, qu’ils se fichent de ses difformités.

Elle vieilli. Ses peurs augmentent et elle sort de moins en moins de son appartement. Elle cesse de voir ses amis. Elle ne veut plus montrer son visage.

Elle craint de traverser la rue. Les jeunes lui font peur. Elle ne porte plus que de vieux torchons dépassés sur le dos. Elle a cessé de vivre de puis longtemps.

Un jour, alors que ses poumons hurlent de douleur à cause des trop nombreuses cigarettes qui les ont obstrués, son regard nostalgique se pose sur une photographie abandonnée au fond d’un tiroir. Elle pose en compagnie d’autres personne.

Et soudain, elle comprend.

Elle oublie le jugement des autres.

Elle n’a plus peur.

Mais il est trop tard, elle est passée à côté de sa vie.

13.04.2011

La lecture tue

Peut-être vous est-il déjà arrivé de vous laisser prendre par un bon roman. Un roman qui vous emmène ailleurs, à des kilomètres et des décennies de votre vie actuelle.

Un roman magique, qui vous ensorcelle et vous ôte petit à petit toute envie de vous confronter à la réalité.

Un roman qui vous fait aimer ses personnages avant de les connaître intimement et de leur parler, secrètement, la nuit.

Un roman qui vous rend inattentif aux vieilles dames, dans le bus, à qui vous refusez la place assise afin de pouvoir lire encore une page, puis une autre.

Un roman qui vous empêche de vous concentrer, qui vous force à penser à ses personnages, à son histoire.

Un roman qui vous pousse à refuser une sortie entre amis, un rendez-vous, une soirée.

Un roman qui vous attache à votre appartement, qui vous ôte l’envie de mettre le pied dehors, même un jour de beau temps.

Un roman qui vous empêche de parler à vos proches, qui vous démontre, par son magnétisme, que votre vie est devenue fade, sans saveur, au regard de l’intrigue que vous lisez et qui vit en vous lorsque le livre est refermé au fond de votre sac.

Un roman que vous avez envie de poignarder lorsque son terme arrive. Que vous ne pouvez vous empêcher de relire plusieurs centaines de fois d’un air nostalgique et dont vous recherchez toujours la trace au cœur des lignes d’autres auteurs plus fades, plus ternes.

La lecture est une drogue comme une autre.

Elle coupe ses adeptes du monde extérieur, au même titre que l’héroïne ou la cocaïne.

Elle rend fou, complètement déboussolé et peut amener à vous faire détester la dure réalité.

La lecture est une drogue. La lecture tue.

 

12.04.2011

Rimbaud est mort

Il a révolutionné le monde de la poésie. Il est cité par des milliers de professeurs de Français. Il a inspiré bon nombre de rêveurs, fait suer des décennies d’étudiants. Il est admiré par certains, vénéré par d’autres, haï par quelques marginaux. Pourtant, Arthur Rimbaud a composé l’essentiel de son œuvre avant sa vingtième année, date à laquelle il a à jamais cessé d’écrire.

L’entrée dans l’âge adulte, qu’elle se produise à 18, 20 ou 25 ans signifie-t-elle la perte des rêves d’enfant ? L’anéantissement d’une imagination florissante ?

Rimbaud ne serait-il qu’un adolescent qui a grandit et qui, confronté à la dure réalité, a choisi de laisser tomber une poésie qu’il a estimée dénuée de sens ?

Perd-t-on, en grandissant, notre essence créatrice, ce qui anime nos rêves et nos désirs, ce qui, depuis l’enfance, nous fait vibrer ?

Lorsque l’on atteint l’âge adulte, de nombreuses responsabilités nous tombent soudainement en travers du chemin : factures, assurance-maladie, loyer, travail, responsabilités. Impossible de s’enfuir pendant trois jours sans donner de nouvelles à qui que ce soit. Impossible de rester enfoui sous ses couvertures un matin pluvieux.

Nous sommes enchaînés aux obligations, à la société. Puis viennent les enfants, le mariage qui, insidieusement, sous couvert d’heureuses nouvelles et de joie de vivre, raccourcissent nous chaînes, nous enferrent encore davantage dans une vie dont le cours nous semble étrange, décidé par des puissances extérieures.

Il faut se battre pour survivre, pour garder la tête hors de l’eau. Lorsqu’un problème est résolu, un autre le remplace automatiquement. Et ainsi jusqu’à la fin de notre vie.

Plus le temps de penser au sens de notre présence sur terre, à la beauté des mots et à la souffrance interne. Il faut avancer et se battre, les futilités ne sont plus de mises.

Arthur Rimbaud l’avait-il compris ?

08.04.2011

réquisitoire contre l'égoïsme parental

Beaucoup d’adolescents se plaignent d’être étouffés par leurs parents. Des parents qui les appellent tout le temps, veulent savoir où ils vont, avec qui et à quelle heure ils rentrent. Ces jeunes se plaignent de la permission de minuit qu’ils jugent trop restrictive par rapport à leurs amis qui, eux, ont le droit de tout faire.

Ils râlent lorsqu’on leur interdit de passer plus de deux heures par jour devant l’écran de leur ordinateur à parler à leurs amis via facebook.

Ils se sentent étouffés, maternés, privés de liberté.

Ils se sentent incompris, surveillés.

Ils envient le copain chez qui ils se rendent tout le temps pour les soirées, celui que l’on voit toujours fourré chez tout le monde, à qui les parents accordent une entière confiance et qui jouit de toute la liberté dont rêvent éperdument les adolescents.

Pourtant, ce jeune, lui, contrairement à ce que croient ses amis, est malheureux. Il envie les autres, leur structure familiale, même leurs interdictions.

Il rêve de rentrer à la maison et de trouver sa mère assise à la table du salon lui demander s’il a déjà terminé ses devoirs. Il a envie qu’on l’oblige à être présent le dimanche après-midi pour faire une ballade en famille dans un endroit parfaitement ringard. Il voudrait pouvoir raconter sa journée et trouver une oreille attentive.

Pourtant, ce jeune ne vient pas d’un milieu défavorisé. Ses parents sont issus d’une classe socioprofessionnelle élevée, ils possèdent beaucoup de moyens qui leur permettent de faire de belles vacances et de s’offrir de nombreux loisirs. Ce jeune n’est, matériellement parlant, ni plus riche, ni plus pauvre que la plupart de ses camarades de classe. Ses parents sont à l’abri du besoin et l’ont toujours été.

Les parents de ce jeune ne sont pas bizarres. Ils ont de nombreux amis, une bonne réputation et sont appréciés de tous.

Cependant, ils n’écoutent pas leur fils. Ils passent à côté de lui sans le voir, répondent brièvement à ses questions s’il en a mais ne s’intéressent pas à ses activités. Leur mot d’ordre est de le laisser agir : il n’a jamais posé aucun problème, n’a jamais de mauvaises notes à l’école, réussit tout ce qu’il entreprend. Ils lui font donc confiance et le laissent libre d’agir à sa guise.

Régulièrement, ses parents partent en week-end au quatre coin du monde, laissant le jeune homme seul. Il est suffisamment autonome pour se débrouiller tout seul. Parfois, ils sont là mais regardent la télévision côte à côte toute la soirée, le laissant seul dans sa chambre. Ils ne lui parlent pas, ne lui proposent pas de sortie en famille.

La mère du jeune homme pratique activement la méditation. Elle cherche son bien être intérieur. Récemment, elle a même commencé des cours de danse orientale. Elle désire être heureuse et épanouie. Elle y réussit parfaitement.

Un jour, le jeune homme rentre à la maison avec une mauvaise note. Il n’avait pas suffisamment travaillé, prétend-t-il. Ses parents hochent les épaules. Ils lui font confiance. Il réussira mieux la prochaine fois.

Effectivement, à l’examen suivant, le jeune homme obtient une note brillante.

Ses parents ne lui imposent rien au sujet de son avenir. Il est libre de décider tout seul. Ils ne lui en parlent même pas. Mieux vaut ne pas l’influencer. Il doit faire ses propres choix.

Lorsque le jeune homme rentre à la maison, le visage en sang, les mains toutes éraflées après une chute en trottinette, sa mère lui suggère d’aller se laver le visage. Elle ne lui amène ni désinfectant, ni pansement. Il a 16 ans, il est bien assez grand pour aller les chercher tout seul.

Le temps passe et le jeune homme se sent de plus en plus mal. Il se renferme sur lui-même. Il ne répond même plus aux rares questions que lui adressent ses parents.

Ceux-ci sont étonnés. Ils ne comprennent pas ce qui lui arrive. Mais il a 16 ans. C’est l’adolescence, cela lui passera.

Le jeune homme se renferme de plus en plus. Souvent, la nuit, il surfe sur internet. Ses parents le savent grâce à la lumière qui filtre sous la porte de sa chambre. Ils ne lui en parlent pas. C’est normal, c’est l’adolescence.

Le jeune homme a de plus en plus de peine à se réveiller le matin pour aller à l’école. Il est fatigué par les nuits blanches qu’il passe devant l’ordinateur. Il ne se lave plus beaucoup, passe son temps plongé dans ses pensées.

Ses parents commencent à s’inquiéter. Mais ils savent, malgré tout, que l’adolescence est une mauvaise passade, qu’ils retrouveront leur fils bientôt. Ils le laissent agir.

Lorsque le jeune homme atteint ses 18 ans, il est devenu très pâle. Ses mains tremblent, il ne dort presque plus.

Ses parents voudraient qu’il se couche plus tôt, qu’il ne sorte pas tous les soirs. Mais ils ne peuvent pas le lui interdire. Il a 18 ans, il est majeur. Ils tentent de lui en toucher un mot mais leur fils se ferme comme une huitre. Ils décident donc de ne pas recommencer. Mieux vaut ne rien dire cela permet au moins de bonnes relations avec lui. Sa mauvaise humeur et son hygiène déplorable lui passeront. L’adolescence touche à son terme. Et puis, il va toujours à l’école et, bien que ses notes aient un peu baissé, il ne pose pas de problème à ses professeurs.

Le jeune homme se sent terriblement mal. Il aimerait pouvoir en parler à quelqu’un mais personne ne le comprend. Les autres ont d’autres problèmes : parents envahissants, divorce, drogue, petite sœur fugueuse, bref, ils ont tous des problèmes bien plus graves que les siens. Quand il désire parler, on lui répond en général qu’il n’a pas à se plaindre, qu’il a la chance de connaître une situation familiale idyllique.

Ses amis ne comprennent pas qu’il puisse se plaindre de ses parents. Tous rêvent d’avoir la même famille que lui, d’être libres d’agir à leur guise. En général, ils lui opposent le lieu commun qui prétend que chacun recherche ce que possède son voisin et ne se contente jamais de ce qu’il a.

Le jeune homme n’est pas satisfait. II voudrait pouvoir se confier à quelqu’un. Il en a désespérément besoin. Ses parents lui paraissent la pire des solutions. Ils n’ont jamais eu, ensemble, une conversation sérieuse. Ce n’est pas maintenant que cela va commencer. Un jour, il a bien tenté de dire qu’il ne se sentait pas bien, qu’il avait envie de parler et sa mère lui a proposé d’aller voir un psychiatre. Elle n’a pas tenté de savoir ce qui n’allait pas. Elle ne lui a pas posé de question. Elle lui a juste suggéré de chercher dans l’annuaire téléphonique le numéro d’un médecin qu’elle se ferait le plaisir de payer.

Le jeune homme a pris peur et n’a plus jamais abordé la question. Sa mère en a été soulagée et a pensé que ses problèmes s’étaient réglés d’eux-mêmes.

Le jeune homme a l’impression que sa tête va exploser. Il ne dort plus, il n’arrive plus à se concentrer. Il est infiniment malheureux mais n’arrive pas à trouver de cause à son malheur. Et sans cause, pas de remède.

La vie lui paraît morne, sans intérêt. Il peut tout faire mais n’a envie de rien. Des petits plaisirs qui le faisaient frémir autrefois lui semblent aujourd’hui ridicules. Il a envie de dormir, de sombrer dans l’inconscience et de tout oublier. Il a l’impression que ses soucis ne s’arrangeront jamais.

Les parents du jeune homme se rendent compte qu’il n’est plus aussi joyeux qu’autrefois mais ses notes à l’école sont toujours bonnes. Il ne se drogue pas et boit de manière relativement contrôlée. On ne peut pas en dire autant des autres adolescents qu’ils côtoient. Ils sont donc fiers de leur fils. Sa mélancolie passera en grandissant.

Le jeune homme n’en peut plus. Il sent qu’il est au bout du rouleau. Il a de plus en plus mal à la tête et prend des médicaments contre la migraine. C’est sa mère qui est allée les acheter à la pharmacie.

Un soir, alors que l’avenir lui paraît plus sombre que jamais, qu’il ne comprend plus les raisons qui le poussent à obtenir de bonnes notes à l’école, qu’il ne voit aucun intérêt dans sa vie présente ni dans un sombre futur, il avale plus de pilules qu’il n’en faut pour faire passer les maux de têtes.

Il ne se réveille pas.

 

06.04.2011

Réussir

Une carrière avant tout. Réussir. Gagner. Être le meilleur. C'est ce que nous voulons tous.
Chacun rêve d'être sacré champion sportif, star de cinéma, meilleur chirurgien, meilleur cuisinier, meilleur journaliste, artiste peintre reconnu, bref, d'être révéré et adulé de tous, quel que soit le domaine choisi.

J'ai toujours visé l'excellence. Travaillé jusqu'à des heures impossibles afin de rendre le meilleur mémoire, le meilleur papier. Je voulais qu'on me distingue. En faisant plus et mieux que les autres.

J'ai réussi.

Je suis là où je voulais parvenir, professionnellement parlant. J’ai toujours affronté les obstacles, combattu les mauvais coups et continué à avancer pour atteindre l’excellence.

J’ai réussi.

Pourtant, un vide immense me taraude. Et la vie dans tout cela?

J’en viens parfois à envier les femmes que je croise dans la rue, un enfant dans la main, un sac migros dans l'autre, que l'on retrouve parfois attablées devant un café, parlant scarlatine, petits bobos et recettes de cuisine. J’en viens à envier ces bénéficiaires de l’assurance invalidité, assis le lundi matin à la table d’un bistrot, fumant cigarette sur cigarette en lisant le journal, ces préposés au guichet qui, à 17 heures tapantes, ferment boutique et s’en vont regarder les séries télévisées de fin d’après-midi. Si j’étais à leur place, je dégusterais chaque instant, profiterais de ma liberté en la savourant lentement, avec délice.

Mais moi, j’ai réussi.

Autrefois, je pensais que la vie de ces gens était morne, détestable. Qu’ils étaient l'exemple typique de ce que je ne voulais pas devenir: la maison en banlieue, le chien et la voiture, quelques enfants et des copines à qui téléphoner pour aller boire un café. Il s'agissait pour moi d'un avilissement total, d'un manque d'ambition flagrant.

Pour moi, les femmes au foyer représentaient le cliché parfait de tout ce que j’abhorrais : une vie morne, routinière, un manque d’intelligence, une sorte de train-train quotidien qui finit par détruire de l’intérieur et condamner la personne qui cède à ce genre de vie à devenir un automate parfaitement huilé qui fait absolument tout ce qu’on attend de lui mais qui ne sait plus ce que sont ses propres désirs parce qu’il les a étouffés depuis longtemps.

Je voulais réussir.

Mais ne serait-ce pas moi qui, contrairement à elles, serait en train de passer à côté de ma vie, à côté de la vraie vie ? Certes ces gens, ces femmes au foyer, ces préposés au guichet et même ces rentiers n’obtiennent aucune reconnaissance de leurs semblables. Personne ne cite leur nom dans le journal, personne ne parle d’eux en tant que sommité ou génie. Ils ne laisseront rien à l’humanité, aucune œuvre à la postérité.

Moi, j’ai réussi.

Et alors ? L’important n’est-il pas d’être heureux ? De trouver ce qui nous correspond dans la vie ? Ce dont nous avons envie afin de pouvoir affronter l’adversité sans être pris de tremblements et d’angoisse. Il me semble que l’on peut estimer une vie réussie lorsque l’on est entouré de gens qui nous aiment, que l’on s’amuse et que l’on est heureux. Bien sûr, ces mots sont de parfaits clichés mais, entre la femme au foyer heureuse qui deviendra un jour grand-mère et qui racontera tous ses souvenirs de jeunesse, le sourire aux lèvres, à ses petits enfants ébahis autour d’elle et l’avocate renommée pour les nombreux procès qui l’auront rendue célèbre qui mourra d’un cancer seule dans son lit à cinquante ans je choisis la femme au foyer.

Serais-je donc en train de me fourvoyer ?

Qu’est-ce que la réussite ?

04.04.2011

xanax et grands parents

Avez-vous déjà connu ce sentiment d'impuissance, cet étau qui se resserre petit à petit, vous empêchant progressivement de respirer?
On nomme cela angoisse. Aujourd'hui, cela se soigne à l'aide d'anxiolytiques, antidépresseurs et autres pilules portant de joyeux patronymes: xanax, zyrtex etc. Des consonances légèrement mélodieuses, rappelant vaguement la Grèce antiques et ses douceurs.
Pourtant ces substances sont relativement récentes. Il y a encore un quart de siècle, peu de gens y avaient recours. Il s'agit d'une nouveauté, une avancée de la science selon certains. Mais cette nouveauté signifie-t-elle qu'auparavant les personnes sujettes à l'angoisses n'existaient pas? Ou étaient beaucoup moins nombreuses? J'en doute... Comment se fait-il qu'aujourd'hui l'on ne puisse plus "oublier" ses problèmes sans prendre ces douteuses substances?
quelqu'un aurait-il la réponse? comment faisaient nos grands parents lorsqu'ils se sentaient incapables d'avancer, incapable d'affronter la journée? Lorsqu'ils avaient envie de retourner s'enfouir au fond de leur lit avant même d'avoir posé le pied à terre. Se levaient-ils? Étaient-ils, véritablement, et comme bon nombre d'entre eux nous poussent à le croire, plus forts et plus solides que nous, forcés par les événements et n'ayant pas le choix d'aller vers l'avant. J'en doute. J'en doute véritablement. Certes, aujourd'hui, ce n'est pas la guerre, nous ne mourrons pas, au moins à Genève, sous les bombes et la famine. Mais il y a le chômage, la pauvreté, le manque de place de travail pour les jeunes, les licenciement, le mobbing et j'en passe. D'autres problèmes qui font de notre époque des temps "difficiles" à affronter. Alors, quelqu'un peut-il me dire ce qui a changé? Quel était le secret de nos grands parents? Qu'est-ce qui leur permettait de continuer à avancer sans céder à la panique, sans se ruer chez le premier psychiatre venu? Si quelqu'un possède la réponse à cette question, je lui saurai gré de me répondre rapidement. Il en va de la survie de notre société. Même si cela signifie l'arrêt de mort des psys et  industries pharmaceutiques.

01.04.2011

marginale

Enfermée. Je suis enfermée. Dehors, non loin, le soleil a fait son retour et envoie ses rayons avec toute son âme. Mais moi je suis obligée de rester derrière ces murs gris. Je me sens prisonnière, incapable d'avancer, de faire évoluer les choses.

Je repense au temps béni des vacances où je pouvais mettre le nez dehors à n'importe quel moment de la journée afin de bénéficier du beau temps, flâner dans les rues, me laisser aller au gré de mes pas.

Je suis désespéréement banale. La plupart des gens travaillent. Et ceux qui n'en ont pas la possibilité envient les emplois des autres. Nous sommes conditionnés, depuis l'enfance, à nous choisir un métier, à nous former puis à l'exercer. Cela fait partie de la condition humaine.

Du moins de nos jours, dans notre société.

Je suis une inadaptée. Incapable d'affronter la réalité. Je n'aime pas me lever pour partir m'installer derrière un bureau foncé. Le printemps et l'été sont bien plus terribles que l'hiver et l'automne. La grisaille a au moins l'avantage de ne pas nous faire regretter les belles promenades au bord du lac, dans les rues de la ville, n'importe où.

J'étouffe. Je voudrais sortir tout en sachant pertinemment que c'est impossible. Pas avant 18h30. Et à ce moment là, même s'il ne fera pas encore tout à fait nuit, la chaleur du soleil aura deserté les rues, je serai fatiguée et, comme des milliers d'autres personnes, je n'aurai plus qu'une envie: rentrer à la maison afin d'enlever ces chaussures qui me font mal aux pieds, m'affaler sur le canapé et me reposer. Se relever pour aller marcher me paraîtra la pire des inepties et j'irai me coucher en aillant l'impression d'avoir perdu une journée, encore une.

Le week-end est proche me direz-vous. Certes. Mais le week-end ne dure que deux jours avant que ne recommence la valse infernale du métro boulot dodo.

D'aucuns me suggérerons de changer d'activité. de trouver un métier qui me passionne, qui me sorte de cet état de désespoir permanent. Mais ils se trompent. J'aime ce que je fais. Je suis juste une inadaptée. Je voudrais pouvoir partir quand l'envie me chante, aller faire une bonne provision de soleil et revenir derrière mon bureau pleine lorsque j'aurais eu mon soûl de soleil et de bonheur.

Je suis une marginale enfermée par des horaires normaux, inadaptée au monde du travail, au travail quel qu'il soit. Je parle comme une enfant gâtée, comme quelqu'un qui ne connaît pas la dure réalité de la vie.

Mais je veux le bonheur, le bonheur total et entier. Je ne supporte pas le fait de végéter, d'attendre deux jours de week-end que l'on alterne avec cinq jours de labeur. Cela convient peut-être à toute la population mais pas à moi. Je suis folle, je suis une inadaptée, une sorte d'Antigone qui veut tout, maintenant, tout de suite.

Mais je suis faible. Je ne vais pas démissioner. Je vais rester assise devant mon écran d'ordinateur, jetant de temps un temps un coup d'oeil envieux au soleil radieux, là bas, dehors, au loin.

présentation

1er avril. Belle date pour la création d'une oeuvre quelle qu'elle soit. Ce pourrait être un énorme poisson. J'ai pourtant décidé que ce cite internet serait sérieux. Pas sérieux au sens où on l'entend, truffé de commentaires intellectuels et d'analyses rigoureusement scientifiques. Absolument pas. Je veux écrire et sans contrainte. Des nouvelles, de courts textes.Raconter ma vie. Ma vision des choses.

En quoi cela est-il différent de milliers d'autres blogs? A vrai dire, je n'en sais rien. Je ne vise pas la nouveauté. Je ne me creuse pas la cervelle à la recherche d'originalité. J'ai découvert une plate-forme permettant de laisser libre cours à la création littéraire et je vais en profiter. Tout simplement.