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<title>nouvelles</title>
<description>littérature</description>
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<lastBuildDate>Thu, 26 Apr 2012 22:14:30 +0200</lastBuildDate>
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<title>Homéopathie</title>
<link>http://nouvelles.blog.tdg.ch/archive/2012/04/27/homeopathie.html</link>
<author>noreply@blog.tdg.ch ()</author>
<pubDate>Fri, 27 Apr 2012 02:11:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne sait pas très bien quand cela a commencé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle n'a pas de date précise. De catastrophe. De césure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucun événement marquant. Aucun traumatisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa vie reste la même. A peu de choses près.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'infimes modifications.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ridicules petits changements qui se sont mis en place. Insidieusement. Perfidement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne les a pas vus venir. Trop faibles, trop minimes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le moment, elle avait d'autres préoccupations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, c'était tellement faible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle se souvient bien d'avoir remarqué un jour qu'elle avait oublié de se maquiller. Elle a haussé les épaules, souri et estimé qu'elle gagnait ainsi quelques minutes le matin. Le mascara a séché. Un jour, elle l'a jeté.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a refusé une invitation. Parce qu'elle était fatiguée. Et qu'il ne s'agissait pas vraiment d'une amie. Un pot de colle égocentrique agaçant. Elle s'est permis de refuser. Une fois. Deux. De temps en temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a cessé de cuisiner. Après tout, elle était seule. Pourquoi se fouler&amp;nbsp;? Il existe un traiteur chinois, à quelques pâtés de maison. Du pain et du jambon au supermarché. Et des pizzas surgelées. Elle gagnait ainsi un peu d'espace. Du temps pour elle. Pour lire, pour se reposer, pour regarder la télévision.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a découvert ces activités solitaires. Les films du dimanche soir, le téléjournal. Elle ne s'y était jamais intéressée auparavant. Petit à petit, elle y a pris plaisir. D'abord de temps en temps, de manière sporadique, lorsque son esprit était engourdi et ses muscles fatigués. Un verre de vin sur la table basse, quelques bêtises télévisées avant d'aller se mettre au lit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne se souvient pas du moment où ce petit plaisir est devenu une obligation. Un rituel quotidien. Soirée télévisée, de 19h à 23h. Avant de sombrer. Abrutissement télévisuel. Engloutissement d'un plat fade réchauffé au micro onde. Ses armoires en sont pleines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a découvert le bonheur de rester chez elle lorsqu'une grippe la clouait au lit. Tisanes, repos avant de retourner fraîche et guérie à l'attaque de la vie. Elle a passé la journée à éplucher des magasines, à regarder des feuilletons sans âge. Et puis, il a fallut guérir et retourner à son emploi. Six mois plus tard, un léger rhume a fait son apparition. Elle l'a officiellement transformé en gastro-entérite. Qui s'est prolongée. Deux, trois, quatre jours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a découvert le plaisir d'être légèrement malade pendant que les autres sont au travail. Rester à la maison. Derrière les vitres baignées de pluie, au chaud, à l'abri. Sa santé s'est fragilisée. Elle est restée couchée. De temps en temps, plusieurs fois, régulièrement. Elle y a pris goût.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a cessé d'accompagner ses amis en boîte de nuit. Elle n'avait jamais aimé cela. Le bruit, les paillettes, le monde. Ce n'était pas fait pour elle. Mais elle se forçait. Un jour, elle a refusé. Manque d'envie, de temps, un dossier à terminer pour lundi. Elle a aimé s'affirmer. Afficher ses envies, refuser ce qui ne lui plaisait pas. Elle s'est pourtant efforcée d'y retourner la semaine suivante. Et celle d'après. Puis, elle a à nouveau refusé. Une fois. De temps en temps. Puis régulièrement. Tout le temps. De toute façon, il n'y a que des gamines de dix-huit ans. Elle n'a plus l'âge. Il faut passer à autre chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Petit à petit, les autres ont cessé de l'appeler. Elle ne sait pas quand exactement. Cela ne s'est pas fait en un seul jour. Les téléphones se sont espacés. Les sms aussi. Elle a cru à une réaction face à son absence de maquillage. Les autres sont si futiles. Elle a haussé les épaules et le son de la télévision.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle jette un regard autour d'elle. Sur le sol, un amas d'objets indistincts. Des vêtements sales, de la vaisselle. Des papiers. Elle n'a pas le courage de ranger. Pas aujourd'hui. Ni demain. Elle est si fatiguée. Tout cela s'est entassé. Insidieusement. Comme le reste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa main repose le paquet sur la table. Panadol 500mg. Le paquet aurait suffit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais elle ne peut pas. Elle n'a pas l'habitude. Sa vie n'est pas violente. Tout s'est produit si doucement. En douceur. Petit à petit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle n'a pas la force d'y mettre un terme. Porte de sortie ou ménage. Trop radical. Ce n'est pas dans sa nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle relâche son dos, s'appuie au fond du canapé. Allume la télévision. Comme hier, comme demain, comme les jours qui vont suivre. Jusqu'à effacer l'image d'avant. Avant. Pourtant, rien n'a vraiment changé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>L'homme pressé</title>
<link>http://nouvelles.blog.tdg.ch/archive/2012/04/23/l-homme-presse.html</link>
<author>noreply@blog.tdg.ch ()</author>
<pubDate>Mon, 23 Apr 2012 19:52:02 +0200</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle jette le téléphone sur le sol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'appareil rebondit avant de s'immobiliser sur le macadam détrempé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fissure lézarde l'écran. La fissure de la haine. Du dégoût. L'écran s'est éteint.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a rendu l'âme. Tant mieux. Elle en a assez de ces appareils, de cette dépendance, de ses espoirs constamment étouffés.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La rage au cœur, elle dépose l'objet inutile dans son sac et avance à grandes enjambées. Si elle n'était pas joignable, il n'aurait pas annulé. Si elle n'avait pas acheté ce téléphone, n'avait pas l'œil constamment rivé sur ses emails et ses sms, il serait venu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autrefois, il y a si longtemps. Autrefois, les gens prenaient le temps de se voir. Ils n'annulaient pas les rendez-vous à la dernière minute. Ils n'étaient pas trop occupés pour un café ou un dîner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autrefois. Il y a longtemps. Une période qu'elle n'a pas connue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trop jeune.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Seuls les vieux se souviennent de l'avant. Avant l'ordinateur, les téléphones portables, le monde moderne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une époque qu'elle n'a pas connue. Et que personne ne semble regretter. Sauf quelques irréductibles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle sait bien que son Smartphone n'y est pour rien. Le pauvre appareil n'a rien demandé. Messager innocent perdu au milieu de tant de souffrance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autrefois, il y a 20, 30 ou même 50 ans, elle aurait attendu. Les pieds trempés dans ses escarpins par la pluie battante, seule, la coiffure défaite, le regard scrutant l'horizon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle aurait attendu en vain. Il ne serait pas venu, lui aurait posé un lapin. Pas un gentil petit lapin au pelage soyeux. Un affreux, méchant, ignoble animal aux griffes acérées et au regard haineux. Dévoreur de carottes et d'espoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors qu'aujourd'hui, grâce à ce merveilleux petit appareil, elle a pu lui envoyer un email pour savoir si leur rendez-vous tenait toujours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a annulé. Désolé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si ce n'était que cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il avait oublié. N'avait pas noté. Certes, il s'excuse. Il a des réunions importantes, des clients, des affaires à régler. Mais il avait oublié.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il l'avait oubliée. Elle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle qui a passé sa semaine à penser à sa coiffure, à sa tenue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui a tenté un régime miracle au dernier moment, ananas à tous les repas, thé vert matin et soir afin de rentrer dans sa jolie robe bleue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle qui se réjouissait de leurs discussions, de sa main tendrement posée sur la sienne, de la douceur des mets, de la conversation chaude, passionnée, du dernier verre avant la fermeture du restaurant. Puis un autre et un autre encore, dans un bistrot voisin, jusqu'au milieu de la nuit, jusqu'aux premières heures du matin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il avait oublié.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a annulé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne viendra pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le problème n'est pas lié à la vie trépidante des gens et à leurs appareils électroniques. Le problème c'est elle. Elle. Eternelle inadaptée, invisible, transparente. Incapable d'arrêter le regard de cet homme pressé, avalé par son siècle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle reste sur le trottoir, seule.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oubliée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>L’asphyxie de la maturité</title>
<link>http://nouvelles.blog.tdg.ch/archive/2012/04/03/l-asphyxie-de-la-maturite.html</link>
<author>noreply@blog.tdg.ch ()</author>
<pubDate>Tue, 03 Apr 2012 12:34:25 +0200</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il se plaint toujours de ne pas avoir le temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas de temps pour lui, pas de temps pour créer, réaliser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'on lui demande où il en est, s'il a fait de nouvelles choses, s'il prévoit, un jour, une exposition, il élude la question.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Réponds vaguement. Ni positif, ni négatif. Un projet en cours, quelques idées.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peu d'enthousiasme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, confronté aux dures réalités de la vie, dans le bus ou au téléphone, son esprit s'égare. Il construit, crée de nouveaux visages, cruciformes, dangereux, prédateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il élabore, délicatement, dans un coin de son cerveau, de futurs projets, des visages durs, des traits marqués qu'il sait comment réaliser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les visages sont sa passion. Dans la rue, les commerces, au travail, il observe. Note les détails, déforme les bouches, les yeux. A partir d'une dizaine d'inconnus blasés, il crée un monstre sacré. Un nouveau visage, une œuvre, une merveille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sentiment de jouissance créative, sa procréation, sa réussite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pour créer, il faut du temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du calme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De l'espace.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, il mène une vie réglée par les transports publics, les courses et le ménage, la semaine s'envole à une vitesse folle et le week-end est dédié à la famille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'a plus le temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'époque où il s'asseyait, un carnet de croquis à la main, sur les marches d'un escalier, dans un parc ou au milieu d'une décharge publique est révolue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, il doit s'organiser. Ne pas flâner. Lorsqu'il bénéficie de quelques heures pour lui, rien qu'à lui, il lui faut courir jusqu'à son atelier, sortir ses pastels et se mettre au travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne peut plus se permettre l'évaporation de quelques heures passées à errer au bord du fleuve, les mains dans les poches, les pensées dérivant vers le large.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, il faut être rentable. Avoir réussi à conserver sa passion, malgré son poste important, sa famille et les constantes demandes de sa femme représente un miracle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les autres, tous les autres, ceux qui, à vingt ans, jouaient de la guitare dans les parcs, écrivaient des poèmes enflammés à de magnifiques inconnues, ont tous arrêté.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Choisi la rationalité.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ont laissé leurs estomacs se remplir de bien-être matériel. Appartement, voiture, écran plat. Chien. Restaurants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Leurs idées ont, petit à petit, été grignotées par l'ambition. La réussite. Les flatteries du conjoint et des amis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ère où il fallait choisir entre bière et sandwich, porte-monnaie oblige, est révolue. Aujourd'hui, l'on choisit Bordeaux et dés de lotte à l'étuvée agrémentés d'un coulis d'Etna.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une poésie en étouffe une autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lui a tenu bon. Il a décidé de continuer. Coûte que coûte. Malgré les difficultés de la vie et les années qui défilent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa création avant tout. Son emploi comme gagne-pain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sauf que, comme les autres, il a réussi. Malgré la fonction accessoire, provisoire. L'emploi est devenu important. Les promotions ont fusé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il a continué. Créer. Encore et encore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vraiment&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A quand remonte son dernier visage&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un moi. Deux peut-être. Et il n'était même pas réussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ses mains ne sont plus aussi fébriles qu'autrefois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il lui arrive, parfois, lorsqu'il se retrouve seul, à la maison, de quitter son atelier pour s'avachir devant la télé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Facilité. Nervosité.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Créer. En-a-t-il encore envie&amp;nbsp;? Est-ce vraiment une passion&amp;nbsp;? Ou une obligation&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Obligation envers ceux qui croient en lui, ceux qui le soutiennent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Obligation face aux promesses qu'un jeune homme de vingt ans a formulées bravement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un jeune homme ignorant. Qui n'avait pas encore vécu. Qui croyait que tout était possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un jeune homme naïf.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Créer&amp;nbsp;? Pour qui&amp;nbsp;? Pour quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Renoncer...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Visage pâle</title>
<link>http://nouvelles.blog.tdg.ch/archive/2012/03/28/visage-pale.html</link>
<author>noreply@blog.tdg.ch ()</author>
<pubDate>Wed, 28 Mar 2012 18:44:27 +0200</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;15h50.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dédaignant le pardessus pendu au clou, contre le mur, il sort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Referme doucement la porte pour ne pas perturber les deux collègues avec qui il partage le bureau. Absorbés par des colonnes de chiffres, ils ne lèvent pas la tête.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ascenseur ne vient pas. En panne sans doute. Peu importe. Il dévale les escaliers, son porte-document coincé sous le bras. Jette un coup d'œil à son poignet. Il ne doit pas traîner. Plus que quelques minutes avant le rendez-vous et encore trois rues à traverser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dehors, le soleil brille. Puissant, chaleureux, enveloppant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il lève le regard, son cou pâle, son nez jauni par les néons, le travail et l'enfermement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une telle chaleur, un tel bonheur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son portable sonne. Son patron. Il s'empresse de répondre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le rendez-vous est annulé. Peut-il, avant de rentrer au bureau, passer au pressing&amp;nbsp;? Son patron est vraiment désolé, en temps normal, jamais il ne se permettrait... Mais il en a besoin pour un dîner, ce soir, et avec le dossier D, il n'aura pas le temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le patron s'excuse encore une fois, remercie chaleureusement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un geste bref, il referme le téléphone. Esquisse un petit sourire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Etend une jambe, puis l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il va en profiter pour passer acheter une boîte de pralinés chez le confiseur. Un cadeau pour sa femme. Ce n'est qu'un bref détour. Son patron ne dira rien, il ne s'en apercevra même pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les rues sont vides.&amp;nbsp;Malgré le soleil, la chaleur, les terrasses prêtes à recevoir les clients.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gens sont entassés derrière les vitres, compulsent des registres, étudient des dossiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'ils sortiront, ce soir, après une dure et épuisante journée, le soleil sera couché, là bas, derrière les montagnes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un sentiment d'abattement s'empare de lui. Il tente de le chasser. Sourire. Penser à sa femme. A sa fille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Impossible. Il ne voit que ce beau soleil, s'écrasant sur l'asphalte déserte, les quelques retraités qui avancent péniblement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il soupire. Jette un regard envieux voilé de tristesse aux terrasses désertes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La rue suivante est plus animée. Des cris d'enfants. Il est 16h. L'école est terminée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autour des petits, se pressent des grands-parents émerveillés et des femmes de ménage blasées. Quelques jeunes mères. Deux. Trois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A peine visibles dans la masse des personnes âgées.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il pense à sa fille. A sa femme qui travaille là haut, dans les bureaux du dernier étage. Elle rentrera tard ce soir. La petite aura déjà goûté, fait ses devoirs et pris son bain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En compagnie de Maria. L'indispensable Maria.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il soupire. Il pense à rejoindre sa femme et sa fille. Partir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Loin. Très loin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un pays ensoleillé où ils pourront vivre dehors toute la journée. Passer du temps avec ceux qu'il aime. Voir grandir la petite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gros soupir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il consulte sa montre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tant pis pour les chocolats. Il courre jusqu'au pressing et revient, au pas de course, rapporter le costume à son patron.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Ecran noir</title>
<link>http://nouvelles.blog.tdg.ch/archive/2012/03/03/ecran-noir.html</link>
<author>noreply@blog.tdg.ch ()</author>
<pubDate>Sat, 03 Mar 2012 17:01:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'écran est noir maintenant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis combien de temps&amp;nbsp;? Une heure, deux&amp;nbsp;? Plus peut-être.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne sait pas. Elle a totalement perdu la notion du temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ses pieds, ramenés contre ses cuisses sont glacés. Elle serre ses bras autour de son corps. Elle a froid. Beaucoup trop froid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Péniblement, elle se lève. S'approche du thermomètre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;24 degrés.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La maison est chauffée. Trop même.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant, elle a froid. Elle grelotte. Ses pieds nus, sur le carrelage sont glacés, le sang ne circule plus dans ses veines. Elle est pétrifiée, frigorifiée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle devrait bouger, s'activer. Enfiler des chaussettes, des pantoufles. Un pull peut-être.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne peut pas. Elle n'a qu'une envie&amp;nbsp;: se blottir au fond du canapé, fermer les yeux et repartir. Là bas, dans ce monde merveilleux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce monde qui l'a bercée, emmenée, emportée. Qui l'a aidée à avancer, chaque jour. Qui lui a permis de relativiser la réalité, les moqueries. Ce monde qui lui a permis de quitter le sien, de vivre aux côtés de nouveaux amis, plus puissants, plus vrais, plus intimes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne veut pas le quitter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas maintenant, pas si tôt.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle pensait qu'il ne s'arrêterait jamais. Qu'il durerait infiniment. Une plongée ailleurs, oxygénée, délicieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tout est terminé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le générique a laissé sa place à l'écran noir depuis longtemps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y en aura plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'était le dernier. L'ultime. Final.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle n'est pas déçue. Elle ne trouve rien à redire sur le contenu. Elle n'est pas critique. Jamais elle ne se permettrait d'envoyer des commentaires mesquins à tort et à travers. Pas avec ce qu'elle a pu vivre. Et ressentir. Elle n'est pas une ingrate.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais elle est triste. Infiniment triste. Triste que cette aventure trouve sa fin, si vite, si tôt, alors qu'elle en avait encore besoin. Elle ne veut pas l'admettre, elle ne veut pas revenir. Elle voudrait rester là-bas, ailleurs, loin de cette vie morne et grise où tout est si plat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Repartir. Encore. Rien qu'une fois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgré toutes les aventures qu'elle a vécues, malgré la joie, les amitiés créées, les souvenirs et les pensées secrètes, elle vient de vivre son dernier moment de félicité.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne repartira plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est impossible. Malgré ses désirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une junkie privée de sa drogue, informée qu'elle vient de vivre sa dernière prise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus de drogue. Rupture de stock. Pour l'éternité.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle erre comme une âme en peine à travers la maison vide. Où sont les autres&amp;nbsp;? Elle ne s'en souvient plus. Tout est flou, oublié. Elle se fiche des autres, de leurs envies, de leur présence. La maison lui paraît dure, trop dure, grise, froide et métallique. Morte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle sent qu'elle ne survivra pas. Cette fin, si brutale, si violente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne plus jamais repartir, ne plus jamais revoir l'herbe verte, la chaleur, la beauté. Rester prisonnière de ce corps maladroit, pataud, de cette voix criarde et faible à la fois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, elle en est incapable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, l'écran est noir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'épisode est terminé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ultime épisode de la dernière saison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y en aura plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La série s'est achevée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Le mariage du cousin Marcel</title>
<link>http://nouvelles.blog.tdg.ch/archive/2012/03/01/le-mariage-du-cousin-marcel.html</link>
<author>noreply@blog.tdg.ch ()</author>
<pubDate>Thu, 01 Mar 2012 11:55:28 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paul regarde autour de lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les passants, les voitures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au dessus de sa tête, le soleil brille. Pas un seul nuage ne vient assombrir ce ciel azur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les conditions sont idéales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et Paul est libre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois jours, trois jours entiers à sa disposition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Octroyés généreusement sur sa demande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce qu'il devait aller assister au mariage de son cousin Marcel. Cousin qui a décidé au dernier moment d'annuler la cérémonie. Il ne se sent pas prêt. Il n'est pas sûr que Nathalie représente le bonheur ultime de sa vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paul n'en a cure. Le scandale qui transporte sa famille, les murmures téléphoniques, les anecdotes salaces sur la sexualité de Nathalie ne l'intéressent pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marcel, il le connaît à peine. Ils ont joué ensemble lorsqu'ils étaient petits. Puis, les parents de Paul ont déménagé. Ils se sont revus de temps en temps. Pâques, Noël, mariages, enterrements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'il a appris l'annulation de la cérémonie, Paul en a ressentit une joie immense, égoïste. Il n'aurait pas à aller là-bas, à porter ce costume sombre qui le boudine, à affirmer que les enfants des autres, d'affreux petits morveux impolis, sont d'adorables petits anges.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paul pourrait rester ici, chez lui et profiter de trois jours de congé tombés du ciel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il pourrait se promener dans les rues, boire des cafés, flâner au bord de l'eau, déguster une pâtisserie à la terrasse d'un restaurant tout en jetant un œil aux gros titres des journaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois jours de bonheur total, alors que les autres sont enfermés dans leurs bureaux, enchaînés à leurs ordinateurs. Trois jours au milieu de la semaine, trois jours durant lesquels la vie bat son plein, les gens courent et s'activent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois jours de grasse matinée avec une petite pensée joyeuse pour ceux qui doivent se lever à sept heures tapantes, le bonheur d'éteindre le réveil oublié par habitude et de se rendormir au cœur des draps encore chauds.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier jour, Paul s'est amusé. Il a flâné dans les rues, au bord de l'eau, a dégusté un café sur une terrasse et dormi tout son soûl. Il en a même profité pour avaler une dizaine d'épisodes de sa série préférée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais aujourd'hui, deuxième jour de ce week-end béni, Paul s'ennuie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a épuisé toutes les activités qui le titillaient, s'est amusé jusqu'à la lie, a consulté tous les journaux à disposition et n'a aucune envie de se mettre à lire un gros volume. Il est en vacances, après tout. Il n'a aucune raison de se contraindre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais que faire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paul aimerait appeler George. Ou André.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Leur proposer un match de badminton. Ou un tennis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Suivi d'un demi au café du coin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un déjeuner entre amis ou une promenade avec Sandrine, toujours prête à refaire le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils travaillent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous autant qu'ils sont.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Même Vanessa, l'ignoble Vanessa, mère au foyer&amp;nbsp; qui a dégoté le gros lot en épousant le riche Jean-François. Vanessa n'a pas le temps. Il y a le déjeuner des enfants à préparer, les courses, le goûter, la lessive, les devoirs. Une autre fois, peut-être. Ce week-end par exemple. Lorsque les enfants auront congé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paul raccroche, découragé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il contacte André. Lui propose un dîner. Le soir, à 20h30, après le boulot. Ou un verre. Peu importe, il a besoin de compagnie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;André refuse également. En semaine, ce n'est pas l'idéal. Il doit terminer un dossier. Et puis, il doit se lever tôt demain. Pourquoi pas vendredi soir&amp;nbsp;? Ou samedi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;George tient à peu près le même discours. Sauf qu'il n'est pas là ce week-end, ni le prochain. Rendez-vous dans un mois. Pour une randonnée en montagne. Ou un tennis, s'il fait beau. George rappellera Paul. En temps voulu. Mais pour le moment, non, il n'a vraiment pas le temps. Trop de choses à faire. Toutes ces obligations, la feuille d'impôt à remplir, non, la proposition tombe vraiment au mauvais moment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paul soupire. Il regarde le soleil radieux, les gens pressés.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paul a congé et il s'ennuie. Comme les autres, il maudit le cousin Marcel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Un monde sans obligations</title>
<link>http://nouvelles.blog.tdg.ch/archive/2012/02/22/un-monde-sans-obligations.html</link>
<author>noreply@blog.tdg.ch ()</author>
<pubDate>Wed, 22 Feb 2012 19:21:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rachel n'a pas envie de sortir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dehors.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le froid, le soleil, les gens, la foule.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les regards, le vent, la boue, les flaques d'eau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle se sent en sécurité, derrière les murs épais, au chaud, protégée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle regarde à travers la vitre, la vitre délicieusement protectrice, qui la sépare de cet environnement hostile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rachel ramène ses genoux sous son menton. Le soleil pénètre à travers la fenêtre fermée, réchauffant agréablement la pièce, s'attardant sur son front, ses mains, son cou. Le chauffage est allumé, la température ambiante élevée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rachel n'ouvre pas la fenêtre. Pour rien au monde, elle n'abandonnerait cette douce chaleur. Elle est bercée, protégée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une chaleur soporifique, apaisante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dehors, les gens peuvent bien courir, s'activer, trébucher, s'invectiver, Rachel ne risque rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle est chez elle, protégée, emmitouflée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rachel lève la tête. L'horloge affiche son verdict. 12h50.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Horreur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle doit partir. Sortir. Affronter le froid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgré son horaire réduit grâce auquel elle se croyait à l'abri. Ce mi-temps tant désiré qu'elle a fini par obtenir, qu'elle goûte jour après jour en poussant la porte de son appartement au beau milieu de l'après-midi ou en restant pelotonnée en chien de fusil au fond de son lit sans tenir compte de l'avancée du soleil en direction du zénith.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a beau avoir réduit la durée de son travail, elle doit y retourner. Quelques heures, chaque jour. Obligée, contrainte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'habiller, se coiffer, enfiler son manteau et sortir. Affronter les gens, le froid, les bus, les autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Travailler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un goût amer dans la bouche, le front douloureux. L'envie de dormir, de fuir ou de disparaître.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rachel s'accorde encore quelques minutes. Une ou deux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui se transforment en une dizaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personne ne s'en apercevra. On ne remarque pas ses arrivées. Ni ses départs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle n'a droit à aucun commentaire. Son travail est accepté.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas acclamé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Devant l'écran de son ordinateur, elle n'a qu'une envie&amp;nbsp;: fuir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle tergiverse, perd du temps, folâtre sur des sites d'informations, lit des recettes de cuisines et griffonne sur un bout de papier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle n'a jamais envie de se plonger dans ses tâches, repousse son travail, fuit les réalités.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle déteste le sens du devoir, les demandes, les exigences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle se sent fatiguée, épuisée, au bord d'un gouffre ensommeillé. Elle n'a qu'à fermer les yeux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaque jour, elle lutte. Qu'il soit 8h ou 15h, ses paupières sont lourdes, sa productivité est au plus bas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle n'avance pas, elle ne travaille pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle n'a même plus envie de sortir de chez elle. Affronter les autres, la rue, le bruit. Pour atteindre un bureau solitaire et dur, un écran d'ordinateur accusateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rachel voudrait pouvoir dormir, dormir encore et encore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, elle n'est pas déprimée. Le week-end la transporte de joie, elle se promène sur les pavés mouillés, entre dans les cafés, parle avec animation et sautille au rythme des orchestres de rues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une boule d'énergie, de joie et de chaleur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rachel regarde encore l'horloge. 13h15. Elle est bel et bien en retard. Le temps a sauté. S'est envolé, effacé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est trop tard pour s'y rendre désormais. Son retard est énorme, gigantesque. Il vaut mieux se faire porter pâle, s'absenter, rester cachée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour ne pas affronter son arrivée tardive, les regards lourds de reproches, les bouches silencieuses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et les dossiers toujours vides qui attendent désespérément des mots, des concepts, des idées.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne peut pas. Il est trop tard, le temps a passé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ira demain, lorsque la force sera revenue, lorsque la nuit lui aura apporté une dose suffisante de courage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rachel resserre les mains sur ses genoux, dépose son front contre ses paumes. Son ventre crie sa défaite. Elle resserre sa prise, s'enfonce un peu plus dans la chaleur de l'appartement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oublier, laisser ses pensées vagabonder. D'autres univers, d'autres temps. Un monde sans obligations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Une vision</title>
<link>http://nouvelles.blog.tdg.ch/archive/2012/02/09/une-vision.html</link>
<author>noreply@blog.tdg.ch ()</author>
<pubDate>Thu, 09 Feb 2012 11:04:39 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Perdue dans ses pensées, tentant désespérément de lutter contre le froid mordant, Céline attend le tram.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, le wagon se profile à l'horizon. Elle s'y engouffre, soulagée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Courageusement, Céline se fraie un passage au milieu d'un groupe de jeunes gens peu engageants et s'agrippe à la barre métallique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les passagers s'agglutinent, le véhicule est plein.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et soudain, la chose se produit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Là bas, tout au fond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Céline plisse les yeux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Se contorsionne pour échapper à la barrière humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est lui, elle le reconnaîtrait entre mille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N'importe où, dans n'importe quelle situation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les larmes lui viennent aux yeux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Céline voudrait se laisser tomber sur le sol. Pleurer de bonheur, de soulagement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est là. Vivant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A quelques mètres d'elle. Si proche, si accessible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Céline tend le bras. Pur réflexe. Il est à l'autre bout du wagon. Elle va devoir écraser des pieds, bousculer des mères tenant des enfants en bas âge, affronter les adolescents survoltés mais elle s'en contrefiche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle en est capable. Elle est capable de tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour lui. Pour l'atteindre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a attendu ce moment tellement longtemps. L'a espéré, a prié. Et voilà que par une journée glacée, alors qu'elle ne pensait qu'à la liste de courses et aux horaires de la pharmacie où elle voulait s'arrêter pour acheter une boîte d'aspirine, il apparaît.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle avait tant attendu ce moment. L'imaginant frapper à sa porte, contrit, désolé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Céline rêvait également de le rencontrer un jour, par hasard, sur une plage ensoleillée ou assis tranquillement, un livre à la main, au milieu d'un parc verdoyant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais jamais dans un bus bondé et glacé. Alors qu'elle a mal à la tête et la goutte au nez.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'importe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, sans prévenir, le rêve de Céline devient réalité.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lui, celui qu'elle attendait, auquel elle rêvait, nuit après nuit, jour après jour, auquel elle n'a cessé de penser après son départ se trouve ici.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgré sa promesse de ne plus jamais revenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgré la rupture définitive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est là. Si proche, si beau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Brusquement, il bouge ses épaules. Rejette un sac sur ses épaules.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Céline connaît ce mouvement par cœur. Chacun de ses gestes, ses expressions sont gravées dans son cœur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il avance vers la sortie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Céline doit l'en empêcher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'attraper. Avant qu'il ne s'enfuie à jamais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa chance a sonné. Maintenant. Elle ne se représentera pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Céline se rue vers la sortie. Reçoit un coup de canne dans l'estomac, ressent une déchirure contre sa jambe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne se retourne pas. Ne s'excuse pas. Elle se jette sur la porte du véhicule, en train de se refermer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bloque avec son sac.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une sirène se fait entendre. Le chauffeur exige des passagers qu'ils s'éloignent des fermetures des portes. Les gens se plaignent, insultent Céline.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle n'en a cure. Elle est déjà loin, dehors.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle le voit, au loin, son sac nonchalamment posé sur l'épaule.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne doit pas crier. Non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Surtout ne pas prononcer son nom. L'atteindre avant qu'il ne parte, avant qu'il ne s'aperçoive de sa présence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Céline se met à courir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sous ses pas, la neige résonne doucement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Céline jette ses jambes en avant, tenant son sac dans une main, son bonnet qu'elle n'a pas pris le temps d'enfiler dans l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une plaque de glace, traitresse, la fait basculer. Céline se retrouve à même le sol, le visage douloureux, les jambes tremblantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle se relève. Reprend sa course.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne ressent plus rien. Le sang bat contre ses tempes, les froid mordant l'anesthésie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle doit l'atteindre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Encore quelques mètres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques secondes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le voilà. Il ne s'aperçoit pas de la présence de Céline dans son dos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle pose la main sur son épaule. Son cœur menace d'exploser. Trop d'émotions, trop de sentiments contradictoires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il se retourne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Céline bredouille quelques mots indistincts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas lui. Elle s'est trompée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Mais comment fait cette fille?</title>
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<author>noreply@blog.tdg.ch ()</author>
<pubDate>Mon, 30 Jan 2012 19:47:47 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie la regarde arriver le matin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fraîche, pimpante, le teint légèrement rosé par le froid, les lèvres pleines, souriantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie la regarde s'installer à son bureau, légère, aérienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie la regarde mordre goulument dans un énorme pain au chocolat sans qu'une seule miette ne vienne s'écraser sur la table.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie regarde son clavier d'ordinateur à elle, accusateur. Un reste de sauce s'attarde entre les touches H et J, des miettes voisinent là haut entre les F3 et F4.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment fait cette fille&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment fait cette fille pour rester toujours aussi propre&amp;nbsp;? Belle&amp;nbsp;? Souriante&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie jette un coup d'œil au bureau voisin. La fille rajuste sa jupe, qu'elle redescend nonchalamment sur un collant noir, brillant, sans aucun pli.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie jette un coup d'œil à ses propres jambes. Deux gros jambons engoncés dans un pantalon trop serré. Quand elle se lève, des plis marquent sa taille. En plus, elle a oublié de le repasser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fille, elle, est toujours parfaite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'elle croque goulument dans un sandwich, la farine ne s'attarde pas sur ses lèvres. Elle n'a pas besoin non plus d'enlever un morceau de gras coincé entre ses dents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie ne comprend pas. Elles ont acheté le même sandwich, au même vendeur, au même moment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie est en train de tordre sa bouche en un mouvement disgracieux afin d'enlever discrètement le bout de jambon cru entre sa prémolaire et sa canine. La fille, elle sourit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie se lève six fois par jour pour se rendre aux toilettes. Elle pince le nez, écœurée par les odeurs qu'elle a l'impression de traîner avec elle, n'appuie pas sur les portes de peur d'attraper des saletés.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fille, elle, ne va pas aux toilettes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne se bat pas avec le rouleau de papier coincé ni ne s'éclabousse avec les robinets qui giclent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais comment fait cette fille&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque Stéphanie ajoute une sucrine dans son café noir, sa voisine y jette une bonne rasade de crème fraiche, du sucre et du cacao. Pourtant, elle est deux fois moins large que Stéphanie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais comment fait donc cette fille&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque Stéphanie parle à ses collègues de sexe masculin, ils lui jettent un regard désolé. Parfois, même, ils l'ignorent. Ils préfèrent rester attroupés autour de la fille, l'écouter raconter sa journée et ses histoires passionnantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car, pour parachever le tout, elle est intéressante. Cultivée. Intelligente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans aucun défaut.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie rêve de lui ressembler. Au moins un peu. N'acquérir qu'une infime partie de sa maîtrise, de sa grâce, de son élégance. Comprendre comment elle y arrive, de manière aussi parfaite, dans tous les domaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce matin, Stéphanie arrive plus tôt au bureau. Les yeux encore embués de sommeil, épuisée, elle se laisse tomber sur sa chaise. Elle allume son écran d'ordinateur mais ne peut s'empêcher de jeter un coup d'œil à la place de sa voisine. Parfaitement ordrée, comme d'habitude. Pas un seul papier, pas un seul crayon qui ne dépasse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais comment fait cette fille&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stéphanie se lève et s'approche. Elle soulève les papiers. Des articles, des travaux en cours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout est bien rangé, ordonné.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Découragée, Stéphanie retourne vers son poste de travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En chemin, elle trébuche. Encore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pestant, elle se retourne pour ramasser les documents de sa voisine qu'elle a fait tomber dans sa chute.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un papier s'échappe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une ordonnance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Séropram, Zoloft et Xanax.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais qui est cette fille&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>La douce solitude des matins silencieux</title>
<link>http://nouvelles.blog.tdg.ch/archive/2012/01/26/la-douce-solitude-des-matins-silencieux.html</link>
<author>noreply@blog.tdg.ch ()</author>
<pubDate>Thu, 26 Jan 2012 20:50:11 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bernard se lève. Comme chaque matin, il descend les escaliers sur la pointe des pieds avant d'ouvrir la porte de la cuisine avec précaution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il referme la lourde porte derrière lui et allume la radio. Un réveil matinal, comme tant d'autres avant celui-ci. Rituel, rassurant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux tranches de pain, un expresso. La vieille machine qui ronronne, le journal de la veille négligemment abandonné sur la table.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bernard connait ces objets. La vieille nappe usée, les assiettes, la corbeille de fruit, là bas, près de la fenêtre, dans laquelle pourrissent quelques pommes abandonnées.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne les voit même plus. Tout ceci fait partie de son quotidien, de son domicile, de sa vie. Ses yeux sont usés par l'habitude, les couleurs, les formes. Il y a belle lurette qu'il a oublié que la porte du four est particulière et que l'interrupteur pour la lumière constitue une touche d'originalité dans une maison aussi banale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, ce matin, Bernard aurait pu descendre les escaliers en chantant. Il aurait pu laisser la porte de la cuisine ouverte tout en poussant le volume de la radio au maximum. Il n'aurait réveillé personne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car la maison est vide. Ce matin. Et les autres matins aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis hier, depuis une semaine, depuis des mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais Bernard se raccroche aux habitudes. Chaque geste, chaque détail compte. Rien ne doit changer, rien ne doit être modifié.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il continue à marcher sur la pointe des pieds, précautionneusement. Pour ne pas les réveiller. Au cas où ils seraient là, au cas où rien n'aurait changé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'il laisse tout en place, s'il se comporte exactement comme autrefois, tout redeviendra comme avant. Il s'y accroche, désespérément.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bernard n'a pas voulu ce changement. Il aimait ces habitudes, ces matins glacés et solitaires, les retours joyeux et bruyants. Ce quotidien délicieusement prévisible, ces petites habitudes qui procuraient en lui un doux frémissement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais Josiane en a décidé autrement. Un soir, lorsque Bernard est rentré du travail, qu'il a poussé la porte à sept heures tapantes, elle n'était pas assise à la table de la cuisine en train de réfléchir à une recette ou grignotant des fruits séchés. Josiane l'attendait, bras croisés, droite, fière, sérieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bernard l'a écoutée. Silencieusement, ahuri.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a tenté de la dissuader. Lui a promis monts et merveilles, lui a offert tout ce qu'elle désirait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais elle a emporté la grosse valise et est partie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'Italie, la Grèce et puis l'Espagne. Elle avait besoin de voir le sable et la mer, de laisser les rayons du soleil lécher son corps. Un joyeux programme en compagnie d'un dénommé Carlo.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dont Bernard n'avait jamais entendu parler. Carlo...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bernard a été choqué. Ce soir là, il n'a rien avalé et n'a pu fermer l'œil de la nuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le lendemain matin, il a repris ses habitudes, offrant à chaque geste toute l'énergie de son désespoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un mois plus tard, Charles est venu lui dire qu'il s'en allait. Lui aussi. Il n'avait pas envie de rester seul dans cette grande maison. Seul avec son père. Sans sa mère.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a pris un appartement en ville.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bernard ne lui en veut pas. C'est normal, c'est le cours des choses. Mais il espère. Charles reviendra. Dans quelques temps. Lorsqu'il sera à cours d'argent, que ses livres et ses jeux vidéo lui manqueront.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En attendant, Bernard se raccroche au ronronnement de la machine à café et aux couleurs passées de la nappe usée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Josiane reviendra. D'ici quelques mois, lorsqu'elle sera lassée de ce Carlo, qu'elle aura profité des plages ensoleillées et qu'elle ne saura plus où aller.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle rentrera à la maison. Auprès de ses habitudes, auprès de Bernard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et Bernard l'attendra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans faiblesse. Bernard aime ses habitudes. La présence de Josiane est indispensable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bernard n'est pas lâche. Bernard a autant besoin de Josiane que de la douce solitude des matins silencieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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