25.11.2011
Artifice invisible
Il la regarde.
Ne la reconnaît pas.
Il a beau plisser les yeux, imaginer, se creuser la tête, il ne la reconnaît pas.
Il a devant lui une inconnue.
Elle l'observe avec insistance. Lui murmure quelques mots.
Qu'il n'entend pas. Qu'il ne comprend pas.
Elle voudrait l'emmener. Marcher au clair de lune, raconter des histoires, déguster des mets raffinés.
Il ne veut pas.
Il marmonne une vague excuse.
Il n'a pas envie. Il ne sait plus. Il est perdu.
Il a devant lui une grande femme. Un peu trop grande.
Belle. Mais une beauté décrépie. A laquelle se mêle un brin de vulgarité. Chewing-gum et traces de mascara. Pantalon trop serré et décolleté évasé.
Imposante. Trop. Elle précise ses envies et entend que l'on s'y tienne. Sans subtilité. Sans légèreté. De gros sabots dans une salle de bal, des hurlements dans un couvent.
Une femme se tient devant lui.
Qu'il ne connaît pas.
Or, il vit à ses côtés depuis plus de dix ans. A exploré les détails de son corps, entendu toutes les inflexions de sa voix, assisté à ses joies et désillusions.
Il l'a attendue à l'autel, l'a serrée dans ses bras, a essuyé ses larmes, épaulé ses peines et construit une vie entière avec elle.
Mais aujourd'hui, il la regarde et ne la reconnaît pas.
Quelque chose a changé.
Il ne parvient pas à dire de quoi il retourne.
Elle est différente.
Une étrangère. Une inconnue.
Intrigué, impressionné, il n'ose lui adresser la parole.
Il voudrait partir, quitter la pièce et se retrouver seul.
Mais elle est là. Impatiente. En quête d'attention.
Une attention qu'il est incapable de lui prodiguer. Trop d'efforts, trop de mensonges.
Il ne la connaît pas. Il ne veut pas jouer un jeu de dupes.
Il ne sait pas ce qu'il lui arrive.
Elle s'approche. Lui touche la main. Veut l'entraîner.
Mais il recule.
Il ne ressent rien.
Pas de désir, pas d'envie.
Elle attire son corps près du sien. Il la repousse, dégoûté.
Elle s'éloigne, intriguée.
Il voudrait lui demander, réclamer des explications. Comprendre pourquoi elle s'est subitement transformée.
Elle ne comprendrait pas.
Elle n'en a pas conscience.
Elle est là, face à lui. Elle lui parle de sa voix nasillarde, haut perchée.
Ton agaçant. Éreintant.
Il regarde ses ongles. Le vernis. Rouge. Vulgaire. Médiocrité.
Il lui semble bien qu'elle a toujours été ainsi. Que sa voix ne s'est pas modifiée.
Mais elle est différente. Quelque chose a changé.
Il n'arrive pas à savoir.
Ce qui la reliait à lui, ce qui faisait son charme, ce qui créait la magie.
Ce petit artifice a disparu.
Artifice invisible.
Infime.
Microscopique.
Qui, en s'éteignant, a transformé l'être aimé en parfaite inconnue.
La magie de l'amour.
17:33 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, inconnu, changement, désillusion, sentiments, couple, durée, femme, mari, séparation
13.09.2011
Trop, c'est trop
Il est fâché.
Vraiment fâché.
Il ne veut plus la voir. Après ce qu'elle lui a fait...
Lui qui a toujours été là pour elle, qui a toujours répondu à ses moindres désirs.
Il suffisait qu'elle l'appelle et il accourait. Il ne pouvait pas se passer d'elle.
S'il fermait les yeux, il pouvait la voir sourire. Il suffisait qu'il se concentre un peu pour entendre son rire clair, cristallin.
Mais maintenant tout est terminé. Il ne la reverra plus.
Trop c'est trop.
Elle lui en a fait voir de toutes les couleurs. Elle l'a mené par le bout du nez.
Elle le connaît tellement bien qu'elle sait où sont les limites, jusque dans quels retranchements elle peut le pousser.
Elle en a toujours usé.
Pas une seule fois elle ne lui a fait la surprise de lui susurrer quelques mots doux. Les gestes tendres, la gentillesse ne font pas partir de son vocabulaire.
Autrefois, il avait été séduit par son côté volontaire, cassant. Elle sait ce qu'elle veut et met tout en œuvre pour l'obtenir.
Il avait été sidéré par sa facilité à sauter les obstacles, à faire fi des ornières qui se dressent sur sa route. Elle est une battante, une gagnante.
Lorsqu'elle a un objectif en tête, rien ne peut l'arrêter. Pas même lui.
Il s'en est rendu compte à ses dépens.
Il a beau lui témoigner tout l'amour dont il est capable, lui offrir tout ce qu'elle désire, elle n'est jamais satisfaite.
Elle lui en demande toujours plus, elle veut toujours mieux.
La perfection est son idéal et jamais elle ne se satisfait d'une juste mesure. Elle haït la médiocrité et le contentement de soi. Elle veut avancer, jusqu'à un idéal qui, toujours, recule pour se faire un peu plus inaccessible.
Il sait qu'il n'est pas à sa hauteur. Que ses ambitions ne sont pas les mêmes.
Il se contente de l'aimer et de la chérir.
Elle le méprise pour sa bassesse, pour ses travers du quotidien dans lesquels il se vautre.
Elle le harcèle pour qu'il gravisse les échelons, avance avec plus d'entrain chaque jour.
Il lui obéit.
Il veut la combler, la satisfaire. Son énergie inépuisable est pour lui une source d'encouragement.
Mais plus maintenant.
Aujourd'hui il ne veut plus de cette existence.
Elle est allée trop loin.
Sa demande était une exigence.
Une exigence de trop.
Un mot trop pointu, trop méchant pour qu'il puisse l'accepter sans en être outré.
Il s'est senti bafoué, trahi dans son honneur, rabaissé à une chose vile et indigne.
Il ne l'a pas accepté.
Cette brimade l'a rendu furieux.
Plus jamais il ne veut la revoir.
Il a besoin de vacances, de tranquillité.
Se ressourcer. Quitter cette folie des grandeurs et de la réussite.
Elle l'a écœuré, dégoûté, épuisé.
Aujourd'hui, il tourne une page. Il redevient celui qu'il était avant de la connaître, un homme fort, fier de lui et de ses réussites.
Il abandonne à tout jamais le rôle qu'elle l'avait forcé à endosser. Il ne sera plus cet être faible, dénué de qualités tant physiques que morales, cette pauvre chose rampante aux pieds d'une échelle inabordable.
Il ferme les yeux.
Immédiatement, son visage apparaît derrière l'écran de ses paupières closes.
Il se redresse vivement. Il ne doit pas dormir. Il faut qu'il reste éveillé. Il ne veut plus voir son image. Plus jamais.
Il est trop énervé, trop écœuré.
Mais la fatigue se fait sentir.
Il se renverse, le dos contre le fauteuil.
Son corps se laisse bercer par une douce rêverie.
Et soudain, ce rire. Ce rire si léger, si fragile. Ce rire magique qui l'a séduit autrefois.
Il se bouche les oreilles.
Il ne veut plus l'entendre.
Mais elle est là, à l'intérieur de sa tête. Elle lui susurre des mots, des paroles qui s'entrechoquent, sans queue ni tête.
Son rire qui réapparait.
Et son visage qui se superpose aux objets. Partout.
Il a beau poser son regard sur des objets inertes, sa silhouette apparaît à travers les rideaux, sur l'écran noir de la télévision, sur l'assiette restée vide sur la table.
Il n'arrive plus à se concentrer.
Il repense aux derniers jours. Aux dernières semaines.
Il remonte le temps.
Jusqu'à leur rencontre. Les premiers mots, les premiers rendez-vous.
Il n'en peut plus.
Il attrape son téléphone.
Au loin, la sonnerie retentit.
Elle répond.
Dans un souffle, il murmure : « Pardonne-moi, tout est de ma faute. »
20:18 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, couple, relation, pardon, oubli, blessure, séparation, volonté
16.08.2011
La fin d'une idole
Il ne cesse d'y penser. Les mots sont gravés dans sa mémoire.
Il se réveille en sueur au beau milieu de la nuit, une sensation de malaise au creux de l'estomac.
Il ne peut en parler à personne.
Il est seul, seul avec son terrible secret, seul avec ce poids bouleversant sur les épaules.
Il se sent souillé. Sali par le pouvoir de quelques mots qu'il n'aurait pas dû entendre, quelques mots volés par erreur, par hasard.
Sa confiance est trahie, sa foi est ébranlée. Ses repères, soudainement, se sont écroulés. Il ne sait plus à quoi et en qui il peut se fier.
Il regorge de pensées contradictoires, passant de la haine à l'incompréhension, du dégoût à l'abattement.
Ces mots ne lui étaient pas destinés.
S'il n'avait pas été là.
S'il n'avait pas eu envie de passer cet appel à cet instant.
S'il avait raccroché lorsqu'il s'est rendu compte que la ligne était occupée.
Si.
Si seulement il avait agit différemment. Rester dans l'ignorance. Douce, rassurante. Ignorance de la laideur, de la vie, de l'incommensurable normalité de tous les êtres vivants.
Mais il a décroché le téléphone. Il a attendu une seconde de trop avant de se décider à reposer le combiné. Une seconde fatale, une seconde de curiosité malsaine durant laquelle les mots ont été prononcés.
Trois petits mots.
Des mots qui le réveillent en pleine nuit, qui l'empêchent de se concentrer, qui lui donnent des sueurs froides.
Et des questions.
Des tas de questions.
Qui ? Depuis combien de temps ?
Mais surtout, pourquoi ?
Il ne comprend pas. Cette image si pure, si éthérée vient de se déchirer en une infinité de morceaux. Irréparable.
Il ne sait plus ce qu'il doit faire.
Il n'ose plus la regarder dans les yeux. Il n'a plus envie de la voir, de lui parler.
Lorsqu'elle s'adresse à lui, il fuit. Trop d'images s'imposent à son esprit. Des images affreuses, des images qui ne devraient pas s'y trouver.
Il ne peut plus la voir. Ni lui parler.
Tout ce qu'elle était, tout ce qu'elle représentait pour lui s'est évanoui au moment où les trois mots ont été prononcés.
Il craint de ne plus jamais pouvoir la regarder normalement.
Il ne sait comment agir. Il se sent perdu, égaré.
Elle était sa boussole. Son repère. Sa vie.
Aujourd'hui, il apprend que pendant des années, sa boussole était tronquée.
Il s'y est fié. A avancé en lui faisant confiance. Mais elle était fausse. Biaisée
Un guide mensonger. Un fruit pourri de l'intérieur.
Il voudrait lui parler. Lui demander des explications. Hurler. Se fâcher.
Mais il ne peut pas. Il est seul. Seul avec son secret.
Il n'était pas sensé entendre. Elle ignore qu'il a décroché le téléphone. Elle ne peut pas imaginer que son image est à jamais brisée.
Il voudrait lui dire quelque chose. Faire en sorte d'avancer. Trouver une manière. Une façon.
Sa tête est trop pleine.
Ces sentiments, ces désirs.
Du fond de son ventre, une nausée douçâtre s'envole jusqu'à ses narines.
Quelque chose vient de s'effondrer. Il n'arrive pas à en saisir la mesure.
Tout ceci est trop nouveau, trop soudain.
Il se sent trahi, abandonné.
Trahi par trois mots.
Trois petits mots.
Qui forment une phrase. Une phrase magnifique. Symbole de bonheur et d'espérance.
Une déclaration. Un engagement de l'être tout entier.
Sauf que ces mots ont été prononcés par sa mère.
Et qu'ils ne s'adressaient pas à son père.
18:21 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : trahison, amour, tromperie, parents, amant, enfant, mère, père, téléphone, réaction
04.08.2011
Trahison
Téo est couché à même le sol, par terre, dans sa chambre.
Il ne regarde rien. Il ne voit rien.
Pourtant, ses paupières sont ouvertes.
Il réfléchit. Il ressasse.
Téo est terriblement malheureux. Triste. Désespéré.
Devant lui, l'avenir s'est assombri.
Avant, tout allait pour le mieux. Il y avait Luc et puis Thierry. A eux trois, ils étaient invincibles.
Téo retrouvait ses deux amis cinq jours par semaine, chaque matin. Avec eux, il affrontait la journée, les vicissitudes de l'existence, les mauvais coups.
Il riaient dans le dos des autres, se moquaient de Jérôme et de ses nouvelles lunettes, s'amusaient à lancer des boules de papier mâché à travers la salle de classe.
Pourtant, Téo, Luc et Thierry n'étaient pas considérés comme des terreurs. Elèves moyens, tout le monde les appréciait dans la mesure du raisonnable. Tant qu'ils ne dépassaient pas trop les bornes et s'abstenaient de crier trop fort, on les laissait tranquille.
Téo a rencontré Luc et Tierry pour la première fois à l'âge de 12 ans. Il était seul, il avait peur. Perdu devant un grand bâtiment qu'il ne connaissait pas, une liste comprenant les noms de divers professeurs à la main et une classe peuplée de visage inconnu.
Il savait pourtant qu'ici tout le monde était nouveau. Les autres élèves également découvraient pour la première fois l'école secondaire. Mais tous avaient déjà repéré une ou deux connaissance dans la masse bourdonnante.
Téo, lui, était complètement seul. Il ne connaissait personne. Absurdement personne.
La faute à ses parents qui avaient tenu à ce qu'il suive une scolarité privée dans un établissement religieux qui obtenait de résultats bien meilleurs que l'école publique.
Téo s'en foutait.
Il n'avait jamais rien connu d'autre que l'école Sainte Anne.
Mais à présent, face à ces milliers de visages différents, criant et riant, il se sentait désemparé. Incapable de se frayer un chemin vers les autres, de s'imposer, de chercher lui aussi sa place.
Il se savait différent. Il sentait qu'à travers ses chaussettes blanches, son pantalon au pli parfaitement repassé et sa raie sur le côté les autres élèves voyaient en lui un être anormal.
Il avait envie de pleurer, de partir en courant et de rentrer chez lui lorsque Luc et Thierry étaient arrivés.
Ils se connaissaient depuis l'âge de deux ans et avaient grandit dans le même quartier.
Pour une raison inconnue, ils ont fondu sur Téo, l'ont attrapé par le bras et lui ont demandé le nom de ses professeurs. Ils ont rapidement remarqué qu'ils avaient atterri dans la même classe. Aussitôt, Téo s'est senti mieux. Luc et Thierry sont immédiatement devenus des personnages connus, des bouées de sauvetage auxquelles s'accrocher et avec lesquelles faire face à l'adversité.
Téo n'a jamais compris ce qui avait poussé Luc et Thierry à aller vers lui ce jour-là. Il s'est toujours douté qu'eux aussi étaient terrifiés par cette nouvelle école et ses nouveautés. Mais il n'a pas cherché à creuser plus avant. A partir de ce jour, ils ont été soudés. Irrémédiablement. Malgré les dix ans durant lesquels Téo n'avait pas fait partie du trio, il est devenu un membre entier de la bande, irremplaçable et indispensable.
Luc, Thierry et Téo se déplaçaient toujours ensemble, déjeunaient ensemble, faisaient leurs devoirs ensemble et se voyaient même parfois après les cours.
Ils passaient les vacances les uns chez les autres, se racontaient des histoire à se tordre de rire, adoraient se faire peur, la nuit à la lueur d'une lampe torche.
Ils étaient les meilleurs amis du monde, unis pour la vie, pour toujours.
Pendant trois ans, tout s'était bien passé. Téo avait vécu les premières années de son adolescence dans la joie et l'insouciance. Il était heureux auprès de ses amis qui l'aidaient à supporter sa famille et l'école.
Aujourd'hui, Téo est âgé de quinze ans. Il se sent vieux. Triste.
Il est seul.
Totalement seul.
Il regarde le plafond sans le voir. Les poutres peintes en blanches. Des poutres apparentes, lui a appris un jour son père.
Il s'en contrefiche.
Il ne sait plus rien.
Il est seul.
Il ne comprend pas.
Téo, Luc et Thierry.
C'était sensé être pour la vie.
Pour l'éternité.
Ils se l'étaient promis.
Pourtant, aujourd'hui, Luc n'était pas au rendez-vous.
Thierry et lui l'ont attendu. Longtemps. Très longtemps.
Luc n'est pas venu.
Jamais il n'avait fait cela auparavant.
Téo a pensé qu'il était malade. Thierry a émis l'idée que ses parents l'avaient puni et qu'il ne pouvait pas sortir de chez lui.
Ils étaient inquiets. Très inquiets.
Et puis, au détour d'un chemin, Téo l'a aperçu.
Luc tenait Nadine par la main. Téo les a suivis.
Derrière un arbre, ils se sont embrassés.
Téo est seul, désespéré. Téo ne comprend pas.
Ils s'étaient juré d'être ensemble pour la vie, pour toujours, pour l'éternité.
23:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amitié, adolescence, trahison, amour, rencontre, école, peur, trio, force
02.08.2011
Photographie
D'un geste rageur, elle jette la photographie sur le sol.
La piétine.
Le talon de sa chaussure écrase les contours de la silhouette, efface les composantes du visage. Petit à petit, le nez, les yeux, la bouche disparaissent dans un embrouillamini de coups et de déchirures.
Il n'en reste qu'un bout de papier non identifié. Un souvenir effacé, un morceau oublié. Qui finira ramassé par les éboueurs. Ou qui ira s'échouer dans un caniveau qui l'emportera loin d'ici, au fin fond d'égouts peu ragoutants.
Elle ne veut plus jamais voir cette silhouette, ce visage. Elle voudrait pouvoir l'effacer, à jamais. D'un trait de crayon, d'un coup de talon. Comme elle vient de le faire avec cette pâle copie d'encre et de papier.
Détruire l'original. Le piétiner jusqu'au trépas.
Lui faire endurer toutes les souffrances de la terre. Lui faire ressentir, de la pointe de son talon, de la force de sa jambe tous les maux qu'elle a vécus, tous les tourments qu'elle a subis.
Lui faire comprendre sa violence, l'essence détestable de son être.
Œil pour œil, dent pour dent. Qu'il souffre comme elle a souffert.
Afin qu'elle puisse l'oublier. Ne plus jamais y penser. Le laisser s'en aller vers un autre destin, sombre et silencieux. Qu'elle puisse, elle aussi, se tourner vers autre chose. Entreprendre sa reconstruction, Vivre une nouvelle vie.
Une nouvelle vie...
Impossible. C'est totalement impossible.
Son cœur est enflé. Il menace d'exploser. Haine, fureur. Elle ne pense qu'à détruire. Se venger. Détruire.
Elle ne peut envisager d'avenir. Elle a trop mal, la douleur est trop forte.
Elle ne pense qu'à tuer. Massacrer.
Elle ne veut même pas l'oublier. Elle ne veut que la vengeance, la haine. Elle ne peut s'en défaire. Il est encore cuisant, inscrit au plus profond de sa chair.
La photographie n'a pas suffit.
La violence des mots est sans effets.
Elle a besoin qu'il trépasse. Qu'il trébuche et tombe au fond d'un abîme de désespoir.
Elle ne peut supporter qu'il continue sa route, tranquillement, heureux, comme si rien ne s'était passé.
Elle doit l'arrêter, elle doit le piétiner.
La rage qui étouffe son cœur le lui intime. Elle ne peut penser à rien.
Il n'y a que son visage, son affreux visage. Elle veut l'exploser. Le briser. Le brûler.
Souffrance.
Haine.
Violence.
Mais il est hors de portée.
Elle n'ose frapper à sa porte.
Elle connaît son pouvoir. Sa force de persuasion. Elle n'en repartira que plus faible, plus lâche. Le cœur encore plus débordant de haine et de dépit.
D'un geste furieux, elle se retourne une dernière fois vers le résidu de photographie et lui envoie un bon coup de talon, vibrant et calibré. Il fera l'affaire. En attendant meilleure vengeance.
14:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : photographie, haine, vengeance, rupture, amour, séparation, violence, désir, reconstruction
24.06.2011
Une promesse en l'air
Elle lui en veut.
Une promesse. Il ne l'a pas tenue.
Elle est énervée. Elle se sent seule, abandonnée, incomprise.
Elle a envie de se battre, de frapper quelqu'un, de détruire des objets.
Sa solitude l'emprisonne, elle a besoin d'action, de vie.
Il lui avait promis.
Une promesse en l'air, une tentative désespérée de la rassurer, de lui montrer qu'elle compte pour lui.
Elle se retrouve seule, abandonnée. Encore une fois. Comme d'habitude.
Pourtant, cette fois-ci, lorsqu'il lui avait fait cette promesse, elle l'avait cru. Elle avait senti sa sincérité, son envie véritable de la faire rêver.
Ils devaient partir. Tous les deux. Passer le week-end ensemble.
Peu importe où.
Ils auraient pris la voiture et roulé jusqu'à ce qu'un petit hôtel leur suggère de s'arrêter.
Ils auraient dîné sur le pouce, dans un restoroute à la propreté douteuse ou sur le capot de la voiture, sandwichs de pain de mie et alcools bon marché.
Elle se contente de peu. Ils n'ont pas besoin de suite luxueuse ou d'auberge gastronomique pour s'aimer. Etre ensemble, prendre la route, découvrir et rêver. Ils s'aiment et peuvent vivre leur passion n'importe où. Dans une banlieue peu recommandable comme sur une belle plage au coucher du soleil.
Ils devaient partir tous les deux. Un petit voyage. Trois jours à peine.
Pour se retrouver, pour laisser les tracas quotidiens derrière eux.
Mais il n'a pas tenu sa promesse.
Il a annulé. Au dernier moment. Alors qu'elle se réjouissait, qu'elle planifiait déjà dans sa tête la musique qu'elle voulait écouter au volant de la voiture et les vêtements qu'elle porterait lors de leur escapade.
Rien de tout cela n'aura lieu.
Elle restera ici, seule, désespérée.
Il le lui avait promis. Il a annulé.
Elle sait bien qu'il n'est pas responsable. Son patron a exigé sa présence au colloque de ce week-end. S'il s'absente, il risque non seulement sa place mais également son avenir.
Pourtant, elle ne peut s'empêcher de penser qu'il lui avait promis.
Il fait passer son travail avant elle.
Il rationalise.
Il ne vit plus d'amour et d'eau fraîche.
Il pèse le pour et le contre, fait attention aux risques qui se profilent.
Elle aimerait qu'il envoie tout promener, qu'il la suive jusqu'au bout du monde.
Et surtout, surtout, qu'il respecte sa promesse.
Mais il ne peut pas.
Il s'est maintes fois excusé.
Au fond d'elle-même, elle le comprend.
Elle sait que s'il s'était agit de son travail à elle, elle aurait agit de même.
Mais elle lui en veut.
Il avait promis.
Il ne tient pas ses promesses. Il la fait passer en seconde position. Après sa carrière.
Elle a envie de tout briser, elle se sent seule, désespérée.
Un week-end de plus à regarder le soleil par la fenêtre, à écluser un verre avec quelques copines peu loquaces.
Seule. Seule. Seule.
Ce n'est que partie remise. Ils partiront. Bientôt. Prochainement.
Ils s'aiment. Elle le sait.
Il tient à elle. Elle le sait.
Mais il n'a pas tenu sa promesse.
17:04 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : promesse, voyage, tenir, abandon, solitude, partir, amour, couple, passion, travail
18.05.2011
Rompre le charme
Il ne parvient pas à se concentrer. Les heures s'écoulent doucement, beaucoup trop doucement.
Il ne cesse de penser à elle. Il va la revoir.
Ce soir.
Mais pour l'heure, il est incapable de focaliser son esprit sur son travail. Tout lui semble futile, ridicule.
Il ne pense qu'à elle. Elle va venir. Il va pouvoir lui parler.
Enfin, après tant d'attente.
Elle sera à lui. Il le sait, il le sent.
Il pense à elle constamment. Sa frange légèrement trop longue qui lui obstrue la vue, ses grands yeux verts candides et émerveillés. Et surtout son corps. Son corps splendide, magnifique.
Il ne peut pas en détacher sa pensée. Elle est parfaite. Tout simplement parfaite.
Et elle viendra. Ce soir. Rien que pour lui. Lui qui ne la mérite pas, lui qui n'est ni beau ni particulièrement intelligent, lui qui ne se distingue en rien des autres.
Elle l'a élu. Il ne comprend pas pourquoi. Il y en a tellement d'autres mieux que lui sur cette terre. Mais c'est sur lui que son choix s'est arrêté.
Il préfère ne pas y penser. Il ne veut pas savoir pourquoi. Elle l'a choisi et elle viendra. Là réside tout son bonheur.
Il doit s'efforcer de lire un texte mais les mots dansent devant ses yeux. Il ne sait même pas de quoi parle cet article. Pourtant, cela fait une heure qu'il est en train de le décortiquer.
La matinée est déjà bien avancée et il est incapable de dire ce qu'il a fait jusqu'ici. Il a travaillé, évidemment, mais en surface, de manière mécanique.
Elle envahit tout son esprit, toutes ses pensées.
A midi, il ne prend pas de pause. Il se contente de s'asseoir dans un coin, la tête entre les mains et de penser à elle.
Ses grands yeux verts.
Sa chevelure foncée.
Elle est tellement belle.
Et ce soir, elle va venir.
Il ne tient plus en place.
La journée n'en finit pas. Elle se traîne désespérément en longueur.
Et enfin, il est l'heure. Le temps s'est enfui. D'un seul coup. Tandis que ce matin rien ne se produisait, les dernières heures se sont envolées. Ou alors, son esprit s'est détaché de son corps pour aller la rejoindre et il n'a rien vu passer.
Il doit maintenant se dépêcher. Arriver avant elle au lieu de rendez-vous.
Il ne saurait la faire attendre. Il ne le tolérerait pas. Elle mérite tellement mieux que lui. Et pourtant, elle va venir.
Ses jambes tremblent d'appréhension. Pourtant, sur son visage, il affiche un regard sûr, mature. Il sait qui il est, elle l'a choisi. Et il ne veut surtout pas qu'elle puisse remarquer son hésitation. Il faut qu'elle ne voie en lui que la confiance et la force.
Il l'attend.
Elle a déjà cinq minutes de retard. Mais ce n'est pas grave. Il sait qu'elle viendra.
Elle aime se faire attendre. Il sait qu'elle prend toujours un plaisir pervers à observer le visage soulagé de celui qui a cru qu'elle l'avait oublié.
Il ne l'en aime que davantage. Elle va arriver, il le sait.
La voilà. Elle débouche du passage souterrain qui mène jusqu'à lui de sa démarche souple et légère. Il la dévore des yeux. Elle est encore plus belle que dans son souvenir.
Il sent un petit creux se former dans son ventre. Une légère faim, un sentiment qu'il ne parvient pas à expliquer.
Elle s'approche. De l'endroit où il est placé, il a tout le loisir de l'observer, de fixer ses yeux sur les moindres parcelles de son corps. Ses cheveux courts, coupés à la garçonne, virevoltent sous ce léger vent, dégageant son grand front et son petit nez. Elle est si belle.
Enfin, elle s'immobilise devant lui.
Il sent pourtant que quelque chose ne va pas. Elle ne lui appartient pas. Pas totalement.
Il jette un coup d'œil à sa droite. Il ne l'avait pas remarquée. Sa copine. Cette espèce de girafe à la peau percluse d'acné et aux dents gâtées qui l'accompagne partout.
C'est cette dernière qui lui parle, elle qu'il n'avait même pas remarquée et dont il ne veut pas entendre le son de la voix de peur qu'elle ne rompe le charme qui le lie à la magnifique créature devant lui.
En plus, elle mâche un chewing-gum.
« Tu voulais me voir ? J'ai reçu ton petit mot pendant le cours de math. »
La créature de rêve ne dit rien, elle le regarde. La girafe ricane.
Il tourne les talons et s'enfuit en courant.
Lorsqu'il a lancé le petit mot à travers la classe, ce matin, il a mal visé. Il a atterri quelques centimètres trop à droite. Ces quelques centimètres séparaient la déesse et le monstre.
11:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : beauté, laideur, amour, désir, envie, rendez-vous, homme, femme, jeunesse, adolescence
06.05.2011
Douce moitié
A 27 ans, Jeanne est consciente qu'elle doit agir.
Sa vie nécessite du changement, du renouveau. Voilà plus de six ans qu'elle a pris sa vitesse de croisière, commençant son activité professionnelle et emménageant dans son premier appartement. Elle y a rencontré des hommes, les a éconduits jusqu'à ce qu'elle tombe sur Alex.
Alex n'est ni grand ni petit, ni beau ni laid. Il n'est pas névrosé, ne possède aucune tare particulière si ce n'est la mauvaise habitude de laisser ses chaussettes sales, par terre, à côté de la corbeille à linge et de manger des tartines assis sur le rebord du lit, faisant ainsi bénéficier sa douce moitié de l'odeur puissante du foie de volaille qu'il affectionne tout particulièrement dès le réveil.
Alex a fait son entrée dans la vie de Jeanne à petits pas. Il ne l'a pas brusquée, il ne s'est pas installé de manière criarde et ne l'a pas obligée à modifier ses habitudes du jour au lendemain. Elle s'est simplement aperçue, un jour, qu'il était là, à côté d'elle, sur le canapé et dans son lit, le soir et les week-ends.
La situation a été officialisée un jour, à l'aide d'un bout de papier scotché à côté du nom de Jeanne, rajoutant celui d'Axel sur la boîte aux lettres et la porte d'entrée.
Jeanne et Alex s'entendent bien. Ils pratiquent des activités sportives communes, visitent de temps en temps quelques musées afin de rester vaguement cultivés, commentent les journaux et aiment voyager. Ils ne se disputent presque pas et, s'ils y ont recours parfois, il ne s'agit que de simples broutilles, réglées en un clin d'œil à l'aide d'un langoureux câlin.
Jeanne sait tout d'Alex. Il fait partie de sa vie, il est même devenu une partie d'elle-même. Lorsqu'elle parle, il est présent dans ses histoires. Lorsqu'elle fait ses courses, elle le retrouve dans les produits qui atterrissent dans le chariot du supermarché. Même lorsqu'elle pense, elle se demande quel sera l'avis d'Alex sur le sujet envisagé.
Pourtant, lorsqu'elle considère Alex, en tant qu'homme, en tant qu'entité distincte d'elle-même, elle n'arrive pas à se le représenter.
Il est elle-même. Il n'est pas quelqu'un d'autre.
Elle se rappelle vaguement les frissons éprouvés autrefois, lors de leurs trop brèves rencontres, l'attente qu'elle subissait impatiemment avant leur prochain rendez-vous. Elle se rappelle le temps passé devant la glace à se maquiller, le choix précis des vêtements en fonction de ses goûts à lui et les délices éprouvés lorsqu'il lui prenait délicatement le menton pour déposer un baiser sucré sur ses lèvres.
Aujourd'hui, lorsqu'ils regardent la télévision, elle porte un vieux t-shirt trop grand et complètement délavé.
Ils s'embrassent négligemment, sans y penser.
Elle ne l'attend pas impatiemment mais l'appelle s'il a du retard. De toute façon, il la prévient toujours, il sait qu'elle n'aime pas attendre.
Jeanne n'a rien à reprocher à Alex. Il n'est pas parfait, certes, mais elle ne l'est pas non plus. Il ne la trompe pas, n'agit pas de manière irraisonnée ou incompréhensible. Il fait exactement ce qu'elle attend de lui et l'aime comme elle l'a toujours voulu.
Jeanne ne peut concevoir la vie sans Alex. Si, à l'occasion d'un voyage professionnel, il s'absente pendant quelques jours, le manque la taraude. Ils s'appellent régulièrement, se parlent. Elle déteste se retrouver seule dans un appartement soudain trop grand pour elle, vide, silencieux.
Axel est une partie d'elle-même qu'elle ne remarque plus lorsqu'il est là mais dont elle sent douloureusement le manque lorsqu'il s'éloigne.
Pourtant, aux côtés d'Axel, elle ne ressent plus les plaisirs de la nouveauté, l'entrain du changement.
Sa vie l'ennuie, terriblement.
La routine s'est installée et, même si leurs activités sont variées, les réactions et les discussions restent les mêmes. Ils se connaissent sur le bout des doigts, le cadre et le décor n'y changent rien. La pièce reste la même.
Jeanne se dit qu'Axel n'est plus un plaisir mais une drogue. En son absence, le manque est terrible. Lorsqu'il est présent, la situation est tout juste normale, banale, inintéressante. Elle a besoin de lui pour exister.
Elle a lu quelque part que les drogues produisent le même phénomène. Petit à petit, l'excitation du début cesse et la dépendance s'installe.
Elle est dépendante d'Axel.
Mais elle ne sait plus si elle aime vraiment sa présence. Elle sait juste qu'elle en a besoin.
Jeanne en a assez de la routine. Elle a vingt-sept ans. Elle se sait encore jeune mais a l'impression que sa vie s'enlise. Qu'elle devient vieille avant l'heure, à force de céder à la routine.
Elle ne vit pas sa jeunesse, ne goûte à aucun plaisir. Les frissons de bonheur ont disparu depuis longtemps. Elle se contente d'exister aux côtés d'Axel.
Jeanne a besoin de changement. Elle sait que si elle n'agit pas maintenant, elle ne le fera pas demain, encore moins dans une semaine ou une année.
Elle rêve de retrouver les sensations de son adolescence, les émotions trop fortes qui étouffent le cœur jusqu'à en pleurer, les fous rires qui durent des nuits entières, les rages incontrôlées. Elle en a assez de vivoter, de passer à travers les jours telle un automate, sans émotion, sans vie.
Elle griffonne quelques phrases sur un petit bout de papier qu'elle abandonne sur la table de la cuisine. Un mot d'adieu à l'adresse d'Alex. Elle vient de mettre fin à six ans de vie commune.
Dans l'escalier, elle ne se retourne pas. Elle quitte l'immeuble sans un regard. Elle ne veut pas céder à la tristesse. Elle ne ressent rien. Pas même un frisson d'excitation.
Dans la rue, elle monte dans un bus sans acheter de ticket. Elle s'assied, laisse tomber son sac à ses pieds.
Elle ne sait ni où aller, ni quoi faire. Une brève vision du sourire d'Alex lui traverse le cerveau. Elle l'imagine trouvant son billet sur la table.
Elle regarde sa montre, descend à l'arrêt suivant et se met à courir, en sens inverse.
Il lui reste à peine cinq minutes pour regagner l'appartement, déposer son sac et déchirer le billet avant qu'Alex ne rentre.
13:16 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ennui, sensations, amour, moitié, départ, fuite, routine, adolsecence, sentiments, vie
20.04.2011
Incompatibilité
Je peins. Je peins depuis toujours.
La peinture fait partie de mon âme, elle est ma raison d'être, mon soutien, ma vie.
Sans mes couleurs, mes pastels, je ne suis rien.
Lorsque quelqu'un m'a fait de la peine, lorsque je ressens une profonde tristesse, je pars m'enfermer dans mon atelier et n'en ressort que lorsque toute ma haine, tout mon désespoir se trouve vidé par une nouvelle toile.
Si la peinture ne m'avait pas accompagné depuis ma plus tendre enfance, jamais je n'aurais survécu. L'intensité des sentiments, des souffrances, de la peur m'auraient envahi et forcé à me recroqueviller sur moi-même. J'aurais pris de la drogue, des substances étranges. Ou je serais devenu un tueur en série.
Plus vraisemblablement, j'aurais abrégé mon existence sur cette terre.
La peinture est à la fois une fuite de la réalité, un refus d'affronter de plein fouet les douleurs et difficultés et une manière de m'exprimer, de crier ma haine et mon incompréhension à la face du monde.
Même lorsque je tiens un simple crayon entre mes mains et que je trace un bref croquis, je sens mon corps vibrer. Je m'anime, je deviens vivant. Si mon art existe grâce à moi, c'est surtout grâce à lui que je suis encore ici.
Il y a quelques temps, j'ai rencontré une femme.
Elle est belle, sensible, gentille, parfaite.
Elle aime ma peinture et l'admire. Elle va même parfois jusqu'à la comprendre.
Elle m'aime, je l'aime, nous nous aimons.
Les premiers jours, j'ai vécu cette rencontre comme un don du ciel, une chose miraculeuse qui m'a rendu heureux comme je ne l'avais jamais été.
J'ai voulu me rendre dans mon atelier pour expulser ce trop plein de bonheur, crier à la face du monde mon amour pour elle.
Je n'ai pas pu. Je n'en ai tiré qu'un petit tableau minable, ridicule. Il ne représente en rien ce que nous sommes.
Le lendemain, j'ai voulu recommencer. La situation s'est empirée. Je n'ai même pas été capable de me saisir du pinceau. Mes doigts tremblaient, l'inspiration avait disparu.
Depuis plusieurs jours, je végète entre mon atelier et le salon. Je tourne en rond, les poings dans les poches, J'ai même commencé à me ronger les ongles.
J'excelle dans l'art de représenter la souffrance et les peurs mais suis impuissant lorsqu'il s'agit de dessiner le bonheur.
A cause d'elle, je suis incapable de peindre.
Cette femme a avalé ma créativité.
L'amour et l'art sont incompatibles.
Elle me rend heureux.
A ses côtés, je me sens enfin moi-même. Je renais. Je suis invincible. Elle m'apporte un bonheur que jamais je n'avais même osé rêver.
Mais mon art m'aide à vivre. Il me soutient. Il me porte.
Il est mon identité.
Sans lui, je ne suis rien. Je ne peux pas le perdre.
L'amour et l'art sont incompatibles.
Je choisis ma peinture, je choisis l'art.
12:42 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : peinture, dessin, art, expression, amour, incompatiblité, rencontre, abandon, tiraillement, peur
15.04.2011
retard fatal
Il regarde devant lui mais il ne voit rien.
Rien d’autre que l’habituel roulement des voitures sur la chaussée, des piétons sur le trottoir.
Les gens avancent pressés.
Il regarde à gauche, à droite. Rien. Absolument rien. Un flot d’inconnus, de chiens, de déchets, d’objets non identifiés.
Elle lui a pourtant donné rendez-vous à cet endroit très précis. Elle le lui a répété maintes et maintes fois. Il ne peut pas se tromper.
Il est arrivé un peu en avance. Pas trop, bien sûr, il déteste attendre. Juste assez pour être sûr d’arriver avant elle et de ne pas la faire attendre. Elle ne l’aurait pas accepté. Et puis, il n’aurait pas osé.
Il plisse les yeux, scrute l’horizon. Des deux côtés de la chaussée, aucune trace de sa présence. Elle n’est pas là.
Il regarde sa montre. Elle a plusieurs minutes de retard maintenant. Ce n’est pas dans ses habitudes.
Lui serait-il arrivé quelque chose ? Il refuse de croire. Il préfère espérer, encore et toujours. Il se raccroche à un inébranlable optimisme dont il fait profession de foi.
Le temps passe et il attend. Il en profite pour passer en revue leurs précédents rendez-vous. Il se rend compte avec stupeur qu’il ne parvient pas à visualiser son visage de manière exacte. Ses traits restent flous. Elle est une image, belle, enjouée mais il ne parvient pas à en retrouver la photographie exacte.
Il s’inquiète. S’il lui arrivait malheur, peut-être ne se rappellerait-il plus jamais d’elle de manière exacte. Quant au son de sa voix…ce n’est plus qu’un souvenir. Pourtant, il la reconnaîtrait entre mille. Il suffit qu’elle apparaisse au détour d’une allée, perdue au beau milieu d’une foule ou seule à des kilomètres de lui sur une plage, il sait que c’est elle.
Mais son souvenir, son image est floue.
Il est très inquiet. Voilà plus de quinze minutes qu’elle aurait du arriver.
Lui aurait-elle fait fond bond ? Il n’en voit pas la raison. C’est elle qui a fixé le rendez-vous, insisté pour qu’il soit là.
Il repense à leurs longues soirées passées ensemble. A leurs vacances, à tous ces petits moments de joies, à ces grands bonheurs. Il n’a aucun mauvais souvenir. Les sombres pensées s’effacent automatiquement au profit des bons. Lorsqu’ils sont ensemble, tout devient possible.
Il a peur. Il sent qu’il lui est arrivé quelque chose.
Elle s’est fait renverser par une voiture. Elle a eu un accident de scooter. Elle est tombée sous les roues d’un train.
Il a peur. Il sait que son retard est involontaire. Il sait qu’elle doit souffrir.
Il craint de ne plus jamais la revoir. Il prie désespérément pour que son accident ne soit pas mortel, pas même grave. Une simple foulure, tout au plus une jambe cassée.
Il tremble de peur. Une demi heure de retard et toujours pas d’appel. Une simple foulure lui aurait permis de décrocher le téléphone.
Il lui est arrivé quelque chose de grave, de très grave.
Elle est souffrante, mourante peut-être.
Cela ne sert plus à rien qu’il reste là. Il faut qu’il parte, il faut qu’il agisse.
Il a cependant l’impression que partir équivaut à renoncer. Accepter la fatalité et l’innommable. Il refuse le destin, il refuse la souffrance.
De toutes ses forces, il tente d’imaginer son visage, sa démarche.
Il n’y parvient pas. C’est donc plus grave qu’il ne le pensait.
Déjà quarante-cinq minutes. Il prie pour la revoir un jour. Il sait que ses chances sont de plus en plus compromises. Il peut s’être produit n’importe quoi. Mais l’accident est grave.
Soudain, il la voit, là bas, dans le lointain.
Elle marche, gaie et souriante.
Elle s’arrête près de lui, lui sourit. Elle va bien, elle rayonne.
Il la regarde, elle, puis sa montre.
Il ne comprend pas.
Il ne lui est rien arrivé. Elle a quarante cinq minutes de retard. Et elle ne s’excuse pas.
Il ne comprend pas.
Si elle avait au moins une petite foulure. Ou juste une égratignure…
Il se lève, lui tourne le dos ne se retourne pas. Il ne la reverra pas.
19:15 Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : retard, attente, accident, relations, amour, peur



