12.12.2011
La vieille n'a qu'à crever!
Catherine s'est ruée sur une place laissée miraculeusement vacante, dans le tram.
Affalée, elle regarde les usagers s'entretuer.
Elle voit la vieille femme s'agripper tant bien que mal à la barre, lui jeter un regard suppliant.
Catherine détourne les yeux.
Elle n'a pas envie d'aider.
Elle en a plein le dos. Plein le dos d'aider les autres, de répondre présente à toutes les sollicitations, d'être gentille et prévenante.
La gentillesse, elle l'envoie balader.
Aujourd'hui, elle a décidé d'être sèche, méchante, hargneuse.
Tant pis pour les autres, tant pis pour le monde entier !
Elle en a marre d'être traitée comme une moins que rien, oubliée malgré tous ses efforts et ses attentions constantes.
Si elle n'avait rien fait, si elle avait été égoïste comme eux, comme les autres, elle serait exactement dans la même situation. Elle ne retire rien de ses efforts constants.
Peut-être même que si elle avait été un peu plus méchante, elle aurait gagné davantage.
Rendre service...A d'autres... Jamais plus on ne l'y reprendra.
Dès à présent, Catherine devient égoïste. Elle ne pense qu'à elle, plus qu'à son délicieux confort personnel.
Catherine lance un regard haineux à la vieille femme dont la main s'accroche désespérément à la barre métallique, ballottée entre le punk à la musique tonitruante et l'homme d'affaire qui beugle dans son Smartphone.
Voilà des mois qu'elle se démène. Elle a emmené sa mère à l'hôpital lorsque celle-ci s'est cassé la jambe, véhiculé son frère à l'aéroport à l'occasion de ses nombreux voyages, invité tout le monde chez elle après avoir cuisiné des heures durant.
Sans jamais rien recevoir en retour. Ni de sa mère, ni de son frère. Aucune invitation, aucun téléphone. Aucun remerciement. Mis à part pour demander un service.
Evidemment.
Mais Catherine ne s'en formalisait pas. Elle se disait qu'un jour ses efforts porteraient leurs fruits. Qu'elle serait récompensée.
Mais là, trop, c'est trop !
Elle n'a plus du tout envie de continuer. Elle ne veut plus les voir. Sa famille, ces gens abjects !
Elle les exècre.
Et dire qu'elle l'a appris par la bouche d'une amie. Qui ne lui voulait pas de mal. Elle se demandait simplement pourquoi Catherine n'était pas présente.
Parce qu'elle n'avait pas été invitée, voilà pourquoi !
Catherine bouillonne. Non, jamais plus elle ne les appellera. Ils sont allés trop loin. Définitivement trop loin.
Organiser la fête d'anniversaire de sa mère. Sans elle. Son frère, sa femme et sa mère. Sans même la prévenir. Ni lui envoyer une invitation. Un simple coup de téléphone aurait suffit.
Mais non, on ne l'a pas jugée digne d'être présente.
Ou pire encore, personne n'a pensé à elle. Trop transparente. Trop gentille. Trop serviable.
A la pensée de cette fête, qui s'est déroulée derrière son dos, à son insu, Catherine ne peut s'empêcher de réfréner la nausée qui lui monte à la tête. Elle voudrait casser, broyer, déchirer.
Ils sont ingrats, leur mesquinerie est inqualifiable.
Catherine ouvre son sac. Sur son portable, un message de son mari. Si doux. Si gentil.
Catherine ne peut s'empêcher de sourire.
Elle se lève et va offrir sa place à la vieille dame, qui se confond en remerciement.
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02.12.2011
Seul dans la grande maison glacée
Richard aimerait lui parler.
Lui expliquer ce qu'il ressent.
Lui faire comprendre que, la nuit, seul dans son lit, il a peur. Peur des bruits autour de lui, peur des chiens qui aboient, au loin dehors, du bruit du vent qui s'engouffre dans les arbres.
Alors, il ferme soigneusement la fenêtre, descend les stores afin de ne rien laisser passer. Pas le moindre souffle de vent, pas un seul petit rayon de soleil. Il a besoin d'être à l'abri, derrière les murs rassurants, dans le silence de l'obscurité.
Il aimerait lui dire que, malgré son âge, malgré son entrée dans le monde des adultes, il a peur.
Peur de la solitude, peur d'affronter ce monde.
Le matin, lorsque le réveil le tire d'un lourd sommeil abrutissant, Richard n'a pas la force de se lever. Sentir le froid du marbre glacé sous ses pieds avant de rencontrer le parquet rêche de la cuisine. Allumer la machine à café, couper de fines tranches de pain. Seul. En silence.
Richard aimerait lui faire comprendre qu'il n'a pas la force d'accomplir ces gestes simples du quotidien, seul, sans soutien.
Il voudrait qu'elle soit à ses côtés. Toujours là pour le soutenir, l'aimer, le guider.
Mais Richard n'ose pas lui parler.
Au fond de sa gorge, une boule retient ses paroles. Il garde le silence. N'élève pas la voix.
Richard ne veut surtout pas choquer. Ni faire mal. Il aime la douceur, la sécurité. Il ne supporte pas l'idée de pouvoir blesser quelqu'un. Alors il se tait.
Il ne parle pas de ses peurs, continue à se lever, seul, chaque matin et à affronter l'adversité sans soutien.
Mais Richard sent qu'il est à bout. Il a désespérément besoin d'aide, besoin d'une présence à ses côtés. Quelqu'un qui sache guider ses gestes, qui puisse lui indiquer le chemin.
Richard essaye de se raisonner. Il n'est plus un enfant. Il doit pouvoir se débrouiller. Comme les autres, comme tout le monde.
Mais il sait bien qu'il n'est pas aussi fort que ses amis et connaissances. Il a en lui une faiblesse qui l'empêche d'avancer, qui retient ses mouvements par des cordes invisibles. Il s'enlise dans une glue puante de peur. Une peur immense, dont il ne peut se débarrasser.
Seul, il n'y arrive pas.
Mais si elle était là...
Juste une fois. Une seule.
Comme auparavant.
Il sait qu'il ne peut l'espérer. Les choses ont changé. Il a grandit.
Et elle est partie.
Richard s'imagine lui ouvrant son cœur. Lui parlant de ses peurs. De sa solitude. De son besoin d'elle auprès de lui. Il tente d'apercevoir son visage.
Elle ne comprendrait pas. Il le sait. Elle n'est pas comme lui. Elle ignore la faiblesse. C'est un roc, une force de la nature. Elle le croit endurci, apte à affronter la vie.
S'il lui disait...s'il lui avouait...
Richard serait méprisé. Renié. Détesté.
Alors Richard se tait. Jour après jour, il affronte sa solitude.
Se bat contre ses peurs. Qui, petit à petit, prennent du terrain.
Il sait qu'il est incapable de lutter. Il n'en a ni le courage ni l'envie.
Il ne veut que son retour.
Auprès de lui, pour le soutenir.
Mais elle est partie.
Elle a décidé qu'il était assez fort, assez adulte pour se débrouiller seul.
Seul dans la grande maison glacée. Seul au milieu des courants d'air.
Richard aimerait tant qu'elle revienne.
Il a beau se dire qu'il est grand, adulte, fort, il n'y arrive pas.
Richard voudrait que sa mère rentre à la maison, le prenne dans ses bras comme elle le fait dans ses songes. Un rêve. Une chimère.
Richard a dix huit ans.
Pourtant, seul dans la grande maison glacée, Richard se sent perdu, abandonné.
Richard a dix-huit ans mais au fond de son cœur un reste d'enfance peine à s'effacer.
Car, quoi qu'on en pense, Richard a encore besoin de sa maman.
18:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : solitude, grandir, enfance, mère, maman, dix-huit ans, désespoir, maison, peur, abandon
29.11.2011
Le temps apaise les souffrances
Catherine hésite.
Elle pose la main sur le téléphone. Compose le numéro.
Repose le combiné.
Elle décroche à nouveau. Inscrit les chiffres de mémoire sur l'écran. Elle les connaît par cœur.
Catherine approche son doigt de la touche verte.
Et abandonne.
Elle n'en est pas capable. Pas la force, pas le courage.
Elle aimerait appeler. Lui parler. Avoir de ses nouvelles. Donner des siennes.
Mais elle ne peut pas.
Catherine imagine la voix, à l'autre bout du fil. Une réponse. Un silence. Un blanc.
Elle ne dira rien. Rien du tout. Parce qu'elle n'a rien à lui dire. Parce qu'elle n'a jamais rien eu à lui dire.
Si seulement elle en était capable. Catherine envie les autres. Toutes les autres. Celles qui téléphonent sans problèmes, qui entretiennent des relations normales. Qui n'ont pas peur d'une voix dans le combiné, d'un silence, d'une absence.
Catherine sait que c'est à elle de faire le premier pas. C'est normal. C'est son rôle.
Elle est la plus âgée, la plus à même de comprendre, de pardonner.
Elle sait que l'autre, à l'autre bout du fil, attend désespérément son appel.
Depuis longtemps. Si longtemps.
Des jours, des mois, des années.
Des années qui ont passé. Lentement au début. Puis de plus en plus vite.
Dans les premiers temps, lorsque les relations entre elles ont commencé à devenir vraiment difficiles, Catherine a décidé de laisser agir le temps.
Le temps efface les souffrances, apaise les conflits.
C'est ce qu'on lui a dit.
Elle s'y est accrochée. Désespérément. De tout son cœur.
Ne pas agir, ne pas parler, ne pas intervenir. Laisser faire, laisser passer le temps.
Plus tard, un jour, une fois, tout ira mieux.
Mais le temps n'a pas pansé les blessures. Il n'a pas réduit les écarts, n'a pas changé les choses.
Au contraire, les semaines, les mois ont peu à peu creusé la différence, contribué à éloigner deux personnes qui n'avaient jamais été proches.
Aujourd'hui, elles sont deux inconnues.
Catherine connait plus ou moins l'emploi qu'elle occupe et le lieu dans lequel elle vit mais elle n'en sait pas davantage. Ses goûts, ses envies, ses passions. Ses habitudes et ses choix.
Tout ceci reste du domaine de l'abstrait.
Elles sont deux étrangères. Deux étrangères qui pourraient se croiser dans la rue et ne pas se reconnaître. Deux personnes différentes, aux goûts dissemblables et aux comportements opposés.
Catherine ne l'a pourtant jamais désapprouvée. Elle ne lui a jamais fait savoir qu'elle n'appréciait pas ses idées, que ses envies étaient trop étranges pour qu'elle puisse les comprendre. Elle ne lui a rien dit. Elle a préféré lui laisser faire ses propres choix, tenter de nouvelles expériences.
Des expériences qui les ont éloignées.
Qui les ont séparées.
Au départ, les mots étaient déjà peu nombreux. Quelques uns, parfois, lâchés au compte-goutte. Ils se sont peu à peu taris, avec l'absence, avec le temps et l'éloignement. Aujourd'hui, le contact est rompu, les mots n'existent plus.
Catherine ne s'en est jamais plainte. Sa vie est heureuse. Elle est active et comblée.
Mais au fond d'elle-même, tout au fond de son corps, enfoui, caché, réside un petit pincement.
Un sentiment d'inachevé. D'échec. De reproche.
Elle sent, bien qu'elle soit fière d'elle et de sa réussite, qu'elle n'est pas parfaite.
Dans un domaine, elle a échoué.
Elle a coupé le dialogue, s'est laissée porter par les vagues.
Elle aurait dû agir. Parler. Se manifester.
Elle aimerait croire qu'il n'est jamais trop tard, qu'aujourd'hui encore, elle peut prendre le téléphone, composer le numéro, entendre sa voix et lui parler. Tout reprendre. Renouer. Se retrouver.
Mais elle n'en est pas capable. Elle ne sait pas comment lui parler. Ni de quoi.
Une étrangère.
Une inconnue.
Une dernière fois, Catherine repose le combiné. Elle n'a pas la force de l'appeler.
Sa fille. Cette inconnue.
19:29 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : téléphone, mère, fille, famille, relations, difficulté, silence, parler, différence, inconnue
16.08.2011
La fin d'une idole
Il ne cesse d'y penser. Les mots sont gravés dans sa mémoire.
Il se réveille en sueur au beau milieu de la nuit, une sensation de malaise au creux de l'estomac.
Il ne peut en parler à personne.
Il est seul, seul avec son terrible secret, seul avec ce poids bouleversant sur les épaules.
Il se sent souillé. Sali par le pouvoir de quelques mots qu'il n'aurait pas dû entendre, quelques mots volés par erreur, par hasard.
Sa confiance est trahie, sa foi est ébranlée. Ses repères, soudainement, se sont écroulés. Il ne sait plus à quoi et en qui il peut se fier.
Il regorge de pensées contradictoires, passant de la haine à l'incompréhension, du dégoût à l'abattement.
Ces mots ne lui étaient pas destinés.
S'il n'avait pas été là.
S'il n'avait pas eu envie de passer cet appel à cet instant.
S'il avait raccroché lorsqu'il s'est rendu compte que la ligne était occupée.
Si.
Si seulement il avait agit différemment. Rester dans l'ignorance. Douce, rassurante. Ignorance de la laideur, de la vie, de l'incommensurable normalité de tous les êtres vivants.
Mais il a décroché le téléphone. Il a attendu une seconde de trop avant de se décider à reposer le combiné. Une seconde fatale, une seconde de curiosité malsaine durant laquelle les mots ont été prononcés.
Trois petits mots.
Des mots qui le réveillent en pleine nuit, qui l'empêchent de se concentrer, qui lui donnent des sueurs froides.
Et des questions.
Des tas de questions.
Qui ? Depuis combien de temps ?
Mais surtout, pourquoi ?
Il ne comprend pas. Cette image si pure, si éthérée vient de se déchirer en une infinité de morceaux. Irréparable.
Il ne sait plus ce qu'il doit faire.
Il n'ose plus la regarder dans les yeux. Il n'a plus envie de la voir, de lui parler.
Lorsqu'elle s'adresse à lui, il fuit. Trop d'images s'imposent à son esprit. Des images affreuses, des images qui ne devraient pas s'y trouver.
Il ne peut plus la voir. Ni lui parler.
Tout ce qu'elle était, tout ce qu'elle représentait pour lui s'est évanoui au moment où les trois mots ont été prononcés.
Il craint de ne plus jamais pouvoir la regarder normalement.
Il ne sait comment agir. Il se sent perdu, égaré.
Elle était sa boussole. Son repère. Sa vie.
Aujourd'hui, il apprend que pendant des années, sa boussole était tronquée.
Il s'y est fié. A avancé en lui faisant confiance. Mais elle était fausse. Biaisée
Un guide mensonger. Un fruit pourri de l'intérieur.
Il voudrait lui parler. Lui demander des explications. Hurler. Se fâcher.
Mais il ne peut pas. Il est seul. Seul avec son secret.
Il n'était pas sensé entendre. Elle ignore qu'il a décroché le téléphone. Elle ne peut pas imaginer que son image est à jamais brisée.
Il voudrait lui dire quelque chose. Faire en sorte d'avancer. Trouver une manière. Une façon.
Sa tête est trop pleine.
Ces sentiments, ces désirs.
Du fond de son ventre, une nausée douçâtre s'envole jusqu'à ses narines.
Quelque chose vient de s'effondrer. Il n'arrive pas à en saisir la mesure.
Tout ceci est trop nouveau, trop soudain.
Il se sent trahi, abandonné.
Trahi par trois mots.
Trois petits mots.
Qui forment une phrase. Une phrase magnifique. Symbole de bonheur et d'espérance.
Une déclaration. Un engagement de l'être tout entier.
Sauf que ces mots ont été prononcés par sa mère.
Et qu'ils ne s'adressaient pas à son père.
18:21 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : trahison, amour, tromperie, parents, amant, enfant, mère, père, téléphone, réaction
20.05.2011
Un mur de silence
La maman de Grégory est triste.
Son fils refuse de lui parler. Il refuse même de la voir.
Elle aimerait pouvoir le serrer dans ses bras, lui dire combien elle l'aime, que toutes leurs querelles, tous leurs problèmes sont oubliés.
Mais Gregory ne se laisse pas approcher. Il ne l'écoute pas.
Elle se bute à un mur de silence.
Gregory n'est pas un petit garçon. Bien sûr, il n'a pas changé, il est toujours son fils adoré, celui qu'elle a tant désiré et pour lequel elle s'est inquiétée chaque seconde, celui à qui elle a voulu tout donner.
Mais aujourd'hui, Gregory a trente ans.
C'est son anniversaire. Aujourd'hui même.
Et sa maman ne peut pas le voir. Elle ne peut même pas lui parler.
Il ne répond ni aux lettres qu'elle lui adresse, ni aux messages sur sa boîte vocale. Elle en vient même à se demander s'il n'a pas changé de numéro de téléphone sans le lui dire.
Gregory s'est éloigné d'elle. D'abord doucement, puis, petit à petit, l'écart s'est creusé jusqu'à ne plus former qu'un énorme trou béant, infranchissable.
Elle voudrait tant tenir son fils dans ses bras !
Elle ne sait même plus à quoi il ressemble aujourd'hui.
Cinq ans qu'elle ne l'a pas vu. Et encore.
La dernière fois, alors qu'il venait d'avoir vingt-cinq ans, elle l'a rapidement croisé dans le hall d'entrée de la maison. Il venait récupérer quelques meubles qu'il avait laissés dans la demeure familiale.
Il s'était arrangé pour ne voir que son père. Son père avec qui il a toujours entretenu des relations froides et distantes. Alors qu'elle, elle qui l'aime plus que tout au monde, il ne l'avait même pas prévenue.
Mais elle a pu le voir, rapidement, sans même lui parler, avant qu'il ne monte dans sa camionnette et ne s'éloigne de sa vie.
Grégory n'était pas un enfant distant. Au contraire. C'était un petit garçon émerveillé, joyeux, croquant la vie à pleines dents. Il n'était jamais indifférent. S'émerveillait ou hurlait de désespoir. Les détails du monde le touchaient, il voyait tout, entendait tout.
Sa maman ne comprend pas son attitude d'aujourd'hui. Lui si sensible, si fragile, comment ne peut-il pas comprendre la douleur qui étreint le cœur de sa maman ?
Ils étaient si proches, si semblables. Son préféré, son aîné.
Et pourtant, aujourd'hui, il est loin.
Il ne donne plus de nouvelles.
Elle sait qu'il a habité durant quelques temps dans la ville voisine. Longtemps, elle a hésité à aller frapper à sa porte.
Mais elle n'osait pas le déranger. Elle voulait respecter son choix. Et le jour où, enfin, n'en pouvant plus, elle a franchi le pas, il n'était plus là. Il avait déménagé, sans laisser d'adresse.
Aujourd'hui, elle n'est plus vraiment sûre de son domicile. Elle est parvenue à obtenir le nom d'une petite ville, là bas, en Espagne.
Cela lui semble plausible. Il a, tout comme elle, toujours aimé le sud.
Mais quand même. Elle n'en est pas sûre.
Elle voudrait tant le voir. Le serrer dans ses bras. Entendre le son de sa voix.
Son fils. Son fils adoré.
Il a aujourd'hui trente ans. Elle n'arrive pas à le croire. Il a l'âge d'un adulte. L'âge auquel elle a enfin pu l'avoir. Lui pour lequel elle s'est tant battue.
Elle ne comprend pas. Elle voudrait des explications.
Elle accepte la critique, les reproches. Elle est même prête à entendre les insultes. Elle le sait, elle n'est pas parfaite.
Mais elle ne supporte plus ce silence.
Ce silence si lourd.
Si au moins il pouvait lui dire comment agir. Lui permettre de le voir. Une fois, rien qu'une petite fois.
Elle n'en peut plus de ce silence, ce mur épais, immense, infranchissable.
Pire que la douleur, pire que les disputes, pire que les conflits.
Une absence, une mort.
Son fils....
12:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : absence, silence, mère, fils, relations, non-dits, séparation, enfance, grandir, dialogue



