10.01.2012
Ordre et discipline
Amélie est outrée.
Arrivée à huit heures tapantes, elle a ouvert la salle et posé sa veste. Heureuse d'être la première, elle en a profité pour aller chercher le café.
A son retour, toujours aucun signe de vie. Amélie est seule dans son bureau.
Elle a attendu. Une heure. Puis deux. Tout en travaillant. Elle a avancé quelques broutilles en retard, effectué un peu de rangement.
A midi, elle est sortie s'acheter un sandwich. Le jambon-beurre du mardi.
Amélie tient à ce rituel. Le lundi, elle déjeune avec une amie, le mardi, elle achète un jambon-beurre à la boulangerie d'en face, le mercredi également. Le jeudi et le vendredi, elle se contente d'une salade pour compenser les excès de la semaine.
Amélie ne déroge presque pas à ce rituel. Elle y tient. Tout comme à l'heure de sa pause déjeuner qu'elle prend soin de planifier de 12 à 13h afin que le café de 16 heures ne soit pas trop proche du repas. Ainsi, sa digestion n'est pas perturbée.
Georges, son collègue, lui avait promis d'être là aujourd'hui afin de préparer un rapport qui nécessite leur coopération. Amélie est donc arrivée à huit heures pile, s'attendant à trouver son collègue à la porte du bureau.
Aucun signe de Georges.
A dix heures, Amélie a eu de vilaines pensées à l'égard de son collègue qu'elle s'est efforcée d'étouffer. Après tout, il peut avoir eu un accident de la circulation et avoir été emmené d'urgence à l'hôpital.
A onze heures, Amélie a cessé de regarder sa montre toutes les cinq minutes.
A midi, elle est partie déjeuner, ne pensant plus qu'à son sandwich.
A son retour, à 13 heures, le bureau était toujours vide. Amélie s'est résignée. Georges n'allait pas venir.
Ni le matin, ni l'après-midi. Sinon il serait déjà là. Mais quand même. La moindre des politesses eut été de la prévenir.
Amélie a donc avancé son travail personnel, celui qu'elle peut fournir seule.
Jetant parfois quelques regards désobligeants derrière elle, sur la table de son collègue absent. Une assiette vide dans laquelle trônent des miettes de galette des rois oubliées. Depuis vendredi dernier. Une honte. Pour rajouter à cela, une tasse à café visiblement mal rincée est posée en évidence sur tout un tas de dossiers qu'elle devra elle aussi manipuler.
Georges est un être répugnant. Cheveux hirsutes, barbe mal taillée et odeur corporelle trop marquée pour que l'on puisse affirmer qu'il prenne une douche hebdomadaire.
Depuis cinq mois déjà, Amélie maudit le jour où elle n'a pas eu suffisamment de poigne pour s'opposer à l'engagement de Georges. Elle savait qu'il se révélerait détestable et peu ordré mais à ce point ! Si seulement elle avait su !
Et puis, la porte du bureau s'est ouverte. Georges est entré, essoufflé.
Le visage rayonnant. Il lui a souri. L'a saluée.
Amélie a à peine répondu.
Elle a jeté un coup d'œil à sa montre.
14h43 !
Ils avaient rendez-vous pour préparer un dossier et il se permet d'arriver à 14h43 !
Amélie est outrée.
Elle ne comprend pas comment fonctionne son collègue. Le travail commence à 8 heures du matin et se termine à 17 heures. Du lundi au vendredi. Les congés ont lieu le samedi et le dimanche.
Georges ne semble pas s'en rendre compte. Il débarque au milieu de l'après-midi, reste jusqu'à des heures indues au bureau et revient même parfois le dimanche après-midi.
Pour parachever l'horreur, Georges n'obéit à aucun schéma fixe. Parfois, il vient le matin, parfois l'après-midi. Il est certains jours extrêmement productif et affiche tantôt un air maussade. Il ne répond à aucun horaire fixe ni clairement établi.
Même si Georges et Amélie sont libres d'organiser leur travail comme ils le souhaitent, Amélie estime qu'une vie bien rangée et un ouvrage bien cadré sont essentiels à la réussite professionnelle. L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt.
Une telle désorganisation désole Amélie. Elle ne peut la comprendre. Georges est une plaie, un résidu.
Et en plus, il joue dans un groupe de rock. Pas même de la vraie musique. Du rock. Il hurle des paroles sans queue ni tête en maltraitant une guitare. Et il lui a même avoué un jour qu'il ne savait pas lire une partition. Alors qu'il se dit musicien !
C'est absolument n'importe quoi ! Il paraît qu'il est même payé pour ses concerts ! Vraiment, Amélie est choquée. Elle qui joue de la trompette dans la fanfare du village depuis des années sait ce que c'est que de la musique et ce qui n'en est pas. Elle ne comprend pas que Georges puisse être payé pour une ânerie pareille. Aucun travail, aucune discipline.
Des hurlements et quelques accords dissonants.
Et en plus il pue.
Vraiment, trop, c'est trop. Amélie est outrée. Elle ne veut plus travailler avec cet énergumène.
Elle prend ses affaires et s'en va. Georges se débrouillera avec le rapport.
20:18 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ordre, discipline, horaire, obligation, travail, rapport, rock, musique, puer, odeur corporelle



